Conception et construction
Ce qui distingue le Renegade à son époque, c'est sa carène divisée avec une quille à aileron et un safran suspendu, une configuration que Pearson n'avait pas utilisée auparavant sur ce modèle. La coque est en stratifié massif sans âme de mat et de tissu de verre filé, tandis que le pont est sandwiché avec du balsa pour assurer la rigidité. La quille elle-même est moulée comme partie intégrante de la coque et porte un lest en plomb de 2 100 livres, offrant un ratio lest/déplacement proche de 32 % pour un déplacement de 6 500 livres. La liaison coque-pont utilise une bride orientée vers l'intérieur recouverte de teck, et le cockpit est un espace pratique autovideur doté d'un pont de liaison surélevé, de deux larges dalots et de deux petits dalots avant sur les sièges. Les îlots de winches en fibre de verre moulée font également office de rangements sur les hiloires, et les hiloires du cockpit sont en teck sur les premiers bateaux, passant ensuite au acajou. Avec une longueur à la flottaison de 21 pieds, un maître-bau de 8,6 pieds et un tirant d'eau de 4,3 pieds, la forme de la coque présente des bouchains vifs, un angle de mort plat et une longue ligne de flottaison qui soutient un déplacement modéré évalué à une vitesse de coque de 6,14 nœuds. (1)
Gréement et comportement
Le Renegade est un sloop en tête portant une grand-voile à fort ratio de fuite sur une corne à 28 pieds et un bas de voile à 12 pieds 6 pouces, avec un mât et une bôme en aluminium anodisé ainsi que des barres de flèche d'origine en épicéa. Le gréement dormant est remarquablement lourd pour cette taille : l'étai et le pataras sont de 7/32 de pouce, tandis que les haubans, la sous-barbe avant et la sous-barbe arrière sont de 3/16 de pouce, et les cadènes, les ridoirs et l'accastillage de pont sont surdimensionnés par rapport aux normes modernes. Le safran suspendu bien reculé offre un contrôle précis de la trajectoire et une excellente manœuvrabilité, le bateau étant magnifiquement équilibré et agile sous voiles. Les appendices divisés réduisent la surface mouillée, ce qui, selon Shaw, améliore les performances dans le petit temps, et le plan peut tourner sur lui-même et déjouer les concurrents à quille longue lors des marche-arrière — une réponse inverse qui répondait enfin aux attentes des skipper. Les essais de l'époque ont montré un passage doux dans la mer, avec une vitesse optimale entre 8 et 15 nœuds de vent à 15 à 20 degrés de gîte, et une prise de ris recommandée dès que le vent approche de 18 à 20 nœuds. Le franc-bord bas rend la navigation humide lorsque le clapot grossit. (1)
Aménagements
L'aménagement d'origine de 1967 utilisait un canapé traditionnel à bâbord et à tribord, avec la cuisine placée à l'arrière à bâbord et des WC ainsi qu'une cabine avant en V à l'avant. Pour 1968, l'intérieur a été modifié pour intégrer une table de carré à bâbord avec couchette de quart et cuisine à tribord, une configuration qui offre une cuisine complète, des WC fermés, ainsi que de nombreux coffres et rangements. La table de carré permet d'asseoir quatre personnes, même si ce n'est pas très confortablement. Les cloisons sont en acajou avec des moulures vernies, le contre-moule est en fibre de verre et la décoration intérieure a été finie pour inviter à l'inspection minutieuse. Un réservoir d'eau douce de 20 gallons se trouve sous la cabine avant en V, et la version in-bord ajoute un réservoir de carburant en Monel de 16 gallons sous le cockpit. Une grande baille arrière et de généreux coffres à voiles à bâbord et à tribord complètent les rangements, tandis que quatre grands hublots fixes et quatre plus petits — dont deux ouvrants — éclairent la cabine. Avec ses 27 pieds, elle est un peu petite pour la croisière familiale, mais navigue avec agilité.
Known Issues
Le danger de manœuvre le plus souvent signalé est la bôme longue qui balayait le cockpit lors des empannages, un véritable risque d'écrasement en raison du cockpit large de 12 pieds 6 pouces et haut de 6 pieds 4 pouces. Plusieurs propriétaires ont résolu ce problème en raccourcissant la grand-voile et en surélevant la bôme, non seulement pour la sécurité, mais aussi pour libérer de l'espace pour les capotes de descente et les bimini. Le bateau a également tendance à embarquer de l'eau dans le clapot en raison d'un franc-bord bas, une conséquence du maître-bau modeste plutôt qu'un défaut. Les barres de flèche d'origine en épicéa et le pont en sandwich balsa sont des éléments typiques de l'époque qui méritent l'attention du acheteur quant à leur dégradation liée à l'âge. (1)
Refits et propriétaires
Les modifications réalisées par les propriétaires se concentrent autour du gréement pour la sécurité et le confort : l'élévation de la bôme et le raccourcissement de la grand-voile sont le refit emblématique, souvent associés à des ajouts de tissu. Le moteur in-bord Universal Atomic Four de 30 chevaux équipait la version in-bord, avec une option hors-bord disponible ; le réservoir de carburant de 16 gallons et le réservoir d'eau de 20 gallons définissent les capacités des systèmes. Les coques des modèles plus récents étaient recouvertes de vinyle plutôt que de fibre de verre peinte, un indice utile pour dater une coque spécifique. Avec une courte période de production, le Renegade reste un plan Shaw relativement rare dont le gréement surdimensionné et la coque solide en font un petit croiseur-régatier durable.
Le verdict
Le Renegade 27 est un petit Pearson d'une grande importance historique qui offrait une maniabilité à quille à aileron alors moderne dans une coque solide et à déplacement modéré, avec un gréement généreusement dimensionné. Sa courte production et ses deux générations d'aménagements intérieurs en font une unité de niche, particulièrement adaptée à un couple ou à un navigateur en solitaire qui privilégie la manœuvrabilité au volume familial.
Avantages
- Premier Pearson avec quille à aileron et safran suspendu ; tourne sur sa propre longueur et recule en toute confiance
- Gréement dormant lourd et accastillage de pont surdimensionné pour sa taille
- Comportement doux et bonnes performances dans le petit temps grâce à une surface mouillée réduite
- Coque en stratifié massif sans âme avec moulage intégré de la quille en plomb
Les points faibles
- La bôme longue représente un risque lors des empannages sans le refit classique de relevage de bôme
- Passage dans la mer courte et clapotante difficile en raison du franc-bord bas
- Un peu petit pour la croisière familiale
- Production limitée qui limite l'entretien et la disponibilité des pièces









