Conception et construction
Kirié a construit le Feeling 36 à l'ancienne, sans contre-formes structurelles, en s'appuyant plutôt sur des varangues et des espars collés à la résine dans la partie inférieure pour former la structure de renfort. La coque est en stratifié simple peau avec des épaisseurs approchant les 30 mm à l'œuvre vive, tandis que le pont est en sandwich balsa ; les cloisons de coque et de pont sont revêtues de résine, et la coque et le pont sont liés non seulement au niveau du joint extérieur, mais aussi par des cloisons moulées à la résine sur les deux surfaces tout autour du périmètre. Les menuiseries intérieures utilisent largement du bois lamellé-collé, et le bulbe en fonte est protégé par un cycle époxy plutôt que d'être laissé nu. Le confort de passage de la pale de safran est assuré par des bagues auto-alignantes. (1)
La coque elle-même a été conçue pour la configuration à propulsion mobile, ce qui se traduit par une largeur de coque à la flottaison importante, nécessaire pour une grande stabilité de forme. Des sections avant très arrondies associées à un lest reculé lui confèrent du volume et de l'assise ; dans la version à quille fixe, cette stabilité de forme permet au pourcentage de lest de s'établir à un niveau modéré de 31 % du déplacement, tandis que l'aileron fixe affiche un tirant d'eau de 2 mètres. La variante dériveur sabre réduit le tirant d'eau à un peu plus de 70 cm. Le modèle à quille fixe est plus léger de 400 kg que la version dériveur. Le Classic Boat Archive a noté que le plan souffre d'une grande surface mouillée et d'un faible ratio surface de voile/déplacement, mais la longueur à la flottaison proche de 10 mètres permet tout de même d'obtenir une vitesse critique supérieure à 7,5 nœuds. (1)
Gréement et comportement
Sur le pont, le Feeling 36 est un sloop fractionné avec 9/10 de barres de flèche à deux rangs en halebas et un mât Sparcraft emplanté sur le pont, soutenu par un gréement continu en câbles spiralés. Le génois mesure 37,2 m² à 135 % de surface de voilure, contre une grand-voile de 31,2 m². Deux bosses de ris en circuit fermé permettent de gérer l'ensemble du réduction de voilure depuis le cockpit, et un embout d'étrave préparé accepte un bout-dehors de gennaker en aluminium optionnel. Les deux winches de génois sont positionnés à l'intérieur plutôt que sur le plat-bord du rouf, ce qui abaisse nettement les dossiers des banquettes du cockpit. Le chariot de bôme de la grand-voile se situe devant le compas et porte des taquets de réglage difficiles d'accès.
Les navigateurs d'essai ont trouvé le bateau lourd au départ dans le petit temps, mais capable de remonter un angle au vent honorable une fois en route. Au-delà de 12 nœuds, il gagne en agilité et la barre semble remarquablement légère, même à plat ou bien gîté. Dans la mer formée, il tape un peu mais reste sec grâce à ses volumes pleins et à sa forte flottabilité ; abattre la route au près de quelques degrés adoucit le mouvement tout en ajoutant plus d'un demi-nœud de vitesse. Le moteur standard Volvo de 29 ch avec ligne d'arbre et hélice fixe bipale s'est révélé suffisant, offrant une bonne manœuvrabilité en marche arrière et un accès complet au moteur, bien que le niveau sonore au moteur soit légèrement élevé. La petite barre à roue ne permet pas de s'appuyer contre le hiloire arrière pendant la navigation.
Aménagements
Le rouf à deux niveaux la distingue visuellement, et à l'avant se trouvent deux vastes zones de bain séparées par une paire de panneaux de pont centraux. Sous le pont, le carré mesure 3,65 mètres grâce à un escalier de descente nettement reculé, avec une hauteur sous barrots proche de 2 mètres au pied de la descente. Les dimensions des couchettes et les hauteurs intérieures sont supérieures à la norme pour cette taille, et les couchettes arrière mesurent 120 cm au pied. Les acheteurs pouvaient choisir deux ou trois cabines ainsi qu'une salle d'eau. Les rangements sont généreux : des doubles coffres sous les bancs du cockpit disposent de larges ouvertures pour le matériel volumineux, des doubles coffres remplissent les cabines arrière, et les deux canapés-couchettes offrent un espace libre sous eux. Sur le modèle à bulbe fixe, le puits de dérive devient un coffre de rangement dont la structure fait office de main courante et supporte deux assiettes de table asymétriques. Le réservoir d'eau avant (le second se trouve à l'arrière) a attiré l'attention en raison de sa position sensible à la gîte.
Known Issues
Quelques défauts sont inhérents à la conception. Les deux panneaux de pont centraux sont trop rapprochés, de sorte que le panneau avant ouvert vole l'air au panneau arrière situé près de la barre. La ventilation est médiocre tant dans le carré que dans les cabines arrière, qui ne disposent chacune que d'un seul hublot standard. Le tableau électrique est spartiate et manque d'un ampèremètre, tandis que les batteries standard de 2 x 65 Ah — bien que logées dans un puits étanche extracteur de gaz — sont sous-dimensionnées. Le puisard de cale est petit. L'équipement standard est maigre : le réfrigérateur, le guindeau électrique, la chaudière et le chargeur de batterie étaient tous des options, et la grand-voile à lattes courtes standard ainsi que le génois sur enrouleur étaient de qualité médiocre.
Le verdict
Le Feeling 36 est un voilier de voyage sérieux sur le plan structurel, doté d'une gestion intelligente des volumes et d'un tirant d'eau véritablement polyvalent, limité par une finition standard épurée et quelques points aveugles ergonomiques. Il récompense un propriétaire prêt à moderniser les systèmes et à accepter ses contraintes de ventilation.
Les points forts
- Coque à peau unique de 30 mm avec structure de liaison coque-pont par cloisons stratifiées
- Options dérive sabre ou bulbe fixe offrant une excellente stabilité de forme
- Lits, hauteur sous barrots et rangements au-dessus de la moyenne pour cette longueur
- Agile et sec dans la brise dès qu'il trouve son rythme
Les points faibles
- Ventilation médiocre du carré et de la cabine arrière ; hublot arrière unique en standard
- Batteries sous-dimensionnées, absence d'ampèremètre, équipement de base limité
- Coinceurs de chariot de bôme peu pratiques ; roue de barre petite limitant la posture de barre
- Grande surface mouillée et faible ratio surface de voile/déplacement




