Conception et construction
La lignée du Vertue traverse la construction navale classique anglaise et son adaptation ultérieure en fibre de verre. Le prototype de 1936 a été suivi d'une évolution régulière, le modèle prenant son nom de la Vertue Cup, un prix littéraire annuel du Little Ship Club que le Vertue No5 Epeneta a remporté en 1940 pour une croisière de 745 milles dans le golfe de Gascogne. Les premières coques étaient gréées auriques ; les suivantes l'ont toutes été en gréement bermudien, certaines ayant été converties. Les premiers changements après la guerre ont ajouté un doghouse pour offrir de la hauteur sous barrots à l'arrière et déplacé le mât sur le rouf. Des ajustements ultérieurs ont relevé le tonti d'un plat-bord et l'ont légèrement aplati pour plus de hauteur assise, et ont raccourci la bôme de grand-voile pour éliminer l'ancre de bôme. En 1976, le plan a été entièrement redessiné avec 8 pouces de plus de maître-bau et 5 pouces de plus de longueur pour une construction en fibre de verre, environ 30 bateaux en composite construits par des chantiers dont Westerly et Bossoms à Oxford. (1)
La construction en bois variait d'un chantier à l'autre. Le chantier E.F. Elkins Boat Yard de Christchurch fut le constructeur le plus prolifique de ce type ; le RAUMATI, construit là-bas en 1962, illustre la recette classique avec un fond en bordé de teck, des œuvres mortes en acajou, une structure et des membrures en chêne anglais, des varangues en bronze, une quille en plomb et des structures de pont entièrement en teck qui assurent sa solidité. Il représente le dernier éclat de la construction classique anglaise avant l'arrivée sur le marché britannique des bateaux de Cheoy Lee à Hong Kong. Le Caupona, un Vertue No8 construit chez Woodnutts en 1939, était en épicéa sur chêne, avec des membrures de 2x3 pouces en chêne scié espacées de 24 pouces et deux membrures de renfort en chêne plaquées entre chaque paire. (2)
Gréement et comportement
Le Vertue est un voilier traditionnel à quille longue qui apprécie une barre détendue. Yachting Monthly a noté qu'il naviguait mieux et plus vite avec les écoutes choquées et en remontant au vent légèrement moins serré que son angle de remontée au vent maximal, et qu'il était lent à virer par rapport aux standards actuels, nécessitant de passer la bordure de chute dans le mouillage. Le propriétaire de Caupona constate qu'il conserve juste assez de barre ardente pour revenir au vent s'il est laissé sans surveillance, avec une ligne de vie sur la barre franche permettant de tenir son cap suffisamment longtemps pour faire chauffer de l'eau. La redessin du gréement en fibre de verre de 1976 et les conversions précédentes en bermudien ont élargi la praticité du gréement sans altérer le caractère essentiellement doux et marin qui permettait à ce voilier de 25 pieds de supporter un départ au lof dans l'Atlantique. (1)
Aménagements
L'espace sous le pont est honnête et compact. Le Mk I Vertue ne propose que 5 pieds 8 pouces sous le capot de descente et quelques centimètres de moins sous le rouf, et les variantes successives du modèle visaient principalement à améliorer l'aménagement plutôt qu'à accroître la vitesse. Les 10 premières coques, dont celle de Caupona, présentaient un petit rouf arrière derrière le mât emplanté sur la quille, un franc-bord plus bas et des tontures élancées. Les versions ultérieures avec doghouse et tontures surélevées ont permis d'améliorer la hauteur sous barrots. Sur le Caupona de l'armateur, ce dernier a reconstruit la table à cartes et la cuisine non originales, et a modifié l'inclinaison des dossiers des banquettes pour passer d'un angle incliné à une position verticale, élargissant ainsi les couchettes de 20 à 22 pouces — un rappel que les dimensions modestes invitaient à l'amélioration par l'armateur plutôt qu'au luxe d'usine.
Refits et entretien
Posséder un Vertue signifie souvent vivre avec des systèmes d'époque. Le moteur diesel Bukh monocylindre de 10 ch de Caupona, d'âge indéterminé, fournit une vitesse constante de 5 nœuds, et le bateau embarque trois ancres — une CQR de 25 lb, une ancre de pêcheur et une Danforth — avec leurs lignes de mouillage pour usage régulier, au kedge et d'urgence, stockées sous le plancher de cabine au milieu du bateau, mais sans guindeau. Un taud de bôme améliore le confort du cockpit ; la cuisine se fait sur une cuisinière à alcool Origo à une seule plaque, sans réfrigérateur, de sorte que le lait et le vin se rafraîchissent dans les fonds à côté du mât. Le seul travail structurel entrepris par son propriétaire a consisté à remplacer les boulons de quille sains pour plus de tranquillité d'esprit. Un tel entretien modéré correspond parfaitement à une classe où plus de 200 coques traversent encore les océans pour leurs propriétaires.
Le verdict
Le Vertue est un petit croiseur doté d'un historique marin exceptionnel. Avec ses 25 pieds de longueur à la flottaison (LWL) pour une largeur de 7 pieds 2 pouces, un tirant d'eau de 4 pieds 4 pouces, un déplacement de 9 590 lb et un lest de 4 500 lb, il est lourdement construit pour sa taille et porte 395 pieds carrés de voilure. Il exige une attention soutenue lors des virements de bord mais se montre généreux sous la pression du vent et possède une légende forgée sur des voyages réels.
Avantages
- Aptitude océanique éprouvée dans une coque de 25 pieds, incluant des traversées de l'Atlantique et du Cap Horn
- Longue évolution d'améliorations de l'aménagement tout en conservant la coque d'origine très marine
- Construction traditionnelle avec une structure saine documentée sous une propriété attentive
Les points faibles
- Hauteur sous barrots et largeur limitées selon les standards modernes
- Lent à abattre ; nécessite de passer la vitesse au vent
- Confort minimal sauf si des améliorations ont été apportées par le propriétaire







