Design Brief & Intent
Le Tartan 27 a été conçu pour répondre à un cahier des charges exigeant : être un petit voilier-moteur auxiliaire très robuste, capable de naviguer dans les baies et estuaires peu profonds tout en restant sûr et stable dans des conditions de mer forte au large. Le design présente des lignes classiques de l'époque CCA : une flottaison courte par rapport à la longueur hors-tout, un maître-bau modérément étroit, des élancements élégants et une configuration de quille avec dérive. Cette installation, inspirée par le célèbre yawl de course océanique Finisterre de Carleton Mitchell, permettait au bateau de flotter dans un peu plus d'un mètre d'eau avec la dérive haute, tout en restant raide à la toile dans la brise une fois la dérive basse. (1, 3)
À son époque, le Tartan 27 rivalisait directement avec des modèles à quille longue comme le Pearson Triton, l'Alberg 30 et les premiers modèles de Cape Dory. Il s'est distingué par sa qualité de construction supérieure et la polyvalence de sa carène. La coque a été construite selon des échantillonnages lourds et conservateurs, utilisant un stratifié massif en fibre de verre posé à la main, composé de roving tissé et de mat à fils coupés. Les cloisons étaient solidement stratifiées à la coque par des omégas, et des varangues structurelles offraient une immense rigidité. (1, 6)
L'intérieur a été aménagé pour maximiser l'espace habitable dans un volume compact. De l'acajou fini à la main a été utilisé sur les premières coques, avant de passer au teck huilé vers 1970. Les aménagements sont séparés par le puits de dérive central, comprenant une couchette en V double à l'avant, des WC compacts, un canapé-couchette en L à bâbord convertible en couchette, et une cuisine à tribord. C'est un aménagement traditionnel et chaleureux qui reflète la philosophie des pocket cruisers marins des années 1960. (4, 6)
Variations & Configurations
Bien que le gréement de sloop fût le choix standard, le Tartan 27 Yawl était proposé comme une option en production limitée. La version yawl utilise un grand-mât emplanté légèrement plus en avant et plus court que le mât du sloop. Pour compenser cela, un petit mât d'artimon de 36,86 pieds carrés est emplanté dans le coqueron arrière. Ce gréement divisé était très apprécié au début des années 1960 car il abaissait le centre de poussée vélique et permettait des ajustements de voilure très précis dans le mauvais temps. (1, 4, 5)
Des mises à jour architecturales ont été apportées par le chantier tout au long des dix-neuf ans d'histoire du modèle :
- 1966 - Révision du lest et de la quille : Le lest en fer externe d'origine a été remplacé par 2 400 livres de plomb encapsulé à l'intérieur de la quille en fibre de verre, augmentant le lest total de 350 livres et éliminant les boulons de quille externes.
- 1973 - Mise à jour du cockpit et du pont : Le cockpit a été rallongé, un pont vertical de sécurité (pont de singe) a été ajouté pour une meilleure protection contre les entrées d'eau, et les moulages intérieurs en fibre de verre ont été affinés.
- 1977 - Tartan 27-2 : L'architecte Tim Jackett a surélevé la tonture de quatre pouces, éliminé le décrochement du rouf pour créer un profil de pont plus fluide, et augmenté la hauteur sous barrots à l'avant. Environ 65 coques ont été construites selon ce standard modernisé.
- Variantes construites par Schock : Environ vingt-quatre coques ont été construites sous licence par W.D. Schock en Californie au milieu des années 1960. Ces unités disposaient d'un lest encapsulé dès l'origine et utilisaient du contreplaqué marine pour l'âme du pont à la place du balsa. (1, 3, 7)
Sailing Performance & Handling
Les caractéristiques techniques du Tartan 27 Yawl se traduisent directement par un comportement en mer prévisible et confortable. Avec un déplacement de 7 400 livres et un ratio déplacement/longueur (D/L) de 336,14, ce modèle est un véritable plan à déplacement lourd. Cette masse, combinée à un ratio de confort de 28,27, se traduit par un passage doux et progressif dans la mer. La coque fend proprement le clapot plutôt que de taper dessus, ce qui réduit la fatigue de l'équipage lors des longues traversées. Son ratio de risque de chavirage de 1,76 est exceptionnel, indiquant une forme de coque très stable avec une superbe stabilité finale, largement dans les critères de sécurité requis pour les navigations hauturières.
Avec un ratio surface de voile/déplacement (SA/D) de 16,56, le Tartan 27 Yawl dispose d'une puissance modérée. Par petit temps, il peut être lent et nécessite des voiles d'avant à grand recouvrement pour maintenir sa vitesse. Cependant, dès que le vent fraîchit, le bateau excelle. Le gréement de yawl permet à l'équipage d'affaler complètement la grand-voile et de naviguer sous la configuration « foc et artimon » (jib and jigger). Cette configuration de voilure équilibrée et à faible charge permet de continuer à progresser confortablement et en toute sécurité dans la brise, tout en réduisant considérablement la barre ardente. La dérive est un outil essentiel pour affiner les performances : avec la dérive entièrement abaissée à six pieds et quatre pouces, le voilier tient remarquablement son cap et remonte très bien au près ; avec la dérive relevée à son petit tirant d'eau de trois pieds et deux pouces, la traînée est réduite, ce qui rend le bateau exceptionnellement rapide et facile à barrer au vent arrière. (1, 4, 8)
Known Issues & Triage
La principale vulnérabilité technique sur tout Tartan 27 concerne la dérive et son puits de dérive. La dérive elle-même est constituée d'une plaque d'acier encapsulée dans de la fibre de verre (ou en bronze sur les tout premiers modèles). Au fil des décennies, l'eau peut pénétrer dans l'enveloppe de fibre de verre, provoquant la rouille et le gonflement de l'âme en acier. Ce gonflement peut bloquer la dérive à l'intérieur du puits, ou l'axe de pivotement peut s'user, entraînant la perte totale de la dérive. De plus, les salissures marines, en particulier les bernacles, obstruent régulièrement les tolérances serrées à l'intérieur du puits, nécessitant un grattage manuel. (1, 9, 10)
La bosse de relevage de la dérive (le câble) présente un risque de sécurité important s'il est négligé. Ce câble en acier inoxydable passe à travers un tube de jaumière en bronze situé sous la flottaison. Au fil des années d'utilisation, le câble peut agir comme une scie, coupant lentement le tube en bronze. Si le câble sectionne complètement le tube, cela crée une voie d'eau majeure sous la flottaison. (1, 9)
La délamination du pont est fréquente sur les coques construites dans l'Ohio, qui utilisaient une âme en balsa. Les infiltrations d'eau autour des chandeliers, des cadènes et de l'emplanture de mât mal mastiqués pourrissent fréquemment l'âme en balsa. Les premiers modèles comptaient également sur des cales en bois stratifiées sous l'emplanture du mât pour supporter les efforts de compression. Ces cales peuvent pourrir avec le temps, entraînant un affaissement du pont et un relâchement du gréement. Enfin, les passes-coques d'origine consistaient en des embouts filetés en laiton stratifiés directement dans la coque, sur lesquels étaient vissées des vannes à guillotine. Ces installations ne répondent pas aux normes de sécurité modernes et sont très sujettes à la corrosion et à une rupture soudaine. (1, 3)
Modernization & Upgrades
Les propriétaires modernes ont développé des stratégies de refit efficaces pour résoudre ces problèmes liés à l'âge. Pour éliminer le risque que le câble de dérive ne scie le tube en bronze, de nombreux propriétaires remplacent désormais le câble en acier inoxydable par un cordage en Dyneema haute résistance, qui est non abrasif. D'autres installent des bagues usinées sur mesure en polyéthylène à ultra-haute masse moléculaire (UHMW-PE) autolubrifiant pour maintenir le cordage centré et éviter tout contact métal sur métal. (9)
La remotorisation est une autre amélioration courante. Les moteurs à essence d'origine Universal Atomic 4 sont fréquemment remplacés. Comme le Tartan 27 est facile à faire marcher, il est un candidat idéal pour une conversion à la propulsion électrique. L'installation d'un moteur électrique de 5 kW à 10 kW fonctionnant sur un parc de batteries LiFePO4 de 48 V est une mise à niveau moderne très appréciée. Cette configuration offre une propulsion fiable et silencieuse, réduit l'entretien et libère un espace de rangement important dans le compartiment moteur. (11)
Les améliorations de sécurité doivent également inclure le meulage des anciens embouts de passe-coque en laiton et l'installation de contreplaques en G10 adaptées avec des vannes de passe-coque modernes en bronze à bride. Il est fortement recommandé de moderniser le système électrique avec des chargeurs multi-étapes intelligents, de petits panneaux solaires montés sur le coqueron arrière ou le mât d'artimon, et un câblage moderne de qualité marine pour répondre aux besoins de la croisière côtière ou de week-end. (3)
The Verdict
Le Tartan 27 Yawl est un chef-d'œuvre des débuts de la plaisance en fibre de verre, offrant une combinaison rare entre la signature de Sparkman & Stephens, une excellente aptitude au mauvais temps et la polyvalence d'un petit tirant d'eau. Pour le plaisancier à la recherche d'un pocket cruiser classique à petit budget et au passage doux à la mer, il reste une valeur exceptionnelle. Bien qu'il nécessite une inspection rigoureuse du puits de dérive, du tube de passage du câble et de l'âme du pont, un Tartan 27 Yawl bien entretenu ou modernisé durera et naviguera confortablement plus longtemps que de nombreux bateaux de série modernes dans le gros temps. (1, 5, 9)
Les plus :
- Coque en stratifié de fibre de verre massif posé à la main, avec d'importantes marges structurelles.
- Petit tirant d'eau d'un peu plus d'un mètre avec la dérive haute, permettant l'accès aux zones peu profondes et un transport sur remorque aisé.
- Excellent confort de passage à la mer et grande stabilité finale dans des conditions difficiles.
- Le gréement de yawl offre une superbe souplesse de réglage des voiles et réduit la barre ardente dans la brise.
- Esthétique classique et intemporelle qui suscite l'admiration dans tous les ports. (1, 5)
Les moins :
- Système de dérive nécessitant beaucoup d'entretien et des inspections régulières lors des sorties d'eau.
- Les câbles de dérive en acier inoxydable peuvent scier le tube de passage en bronze, créant une dangereuse voie d'eau sous la flottaison.
- Les ponts avec âme en balsa sur les bateaux construits dans l'Ohio sont sujets à la pourriture et à la délamination si l'accastillage n'est pas régulièrement re-mastiqué.
- Les cadènes internes entièrement encapsulées rendent l'inspection de la corrosion caverneuse exceptionnellement difficile.
- Le maître-bau étroit et l'aménagement traditionnel se traduisent par une cabine étroite et une hauteur sous barrots limitée à l'avant par rapport aux 27 pieds modernes. (1, 3, 7, 9)







