Design Brief & Intent
La mission principale du Jeanneau Sun Way 28 dériveur lesté était de maximiser à la fois le confort en croisière et la polyvalence géographique, sans pour autant sacrifier la dynamique de navigation que les propriétaires attendaient d'un plan Tony Castro. Pour comprendre le Sun Way 28, il faut se pencher sur son héritage : la coque est étroitement liée à celle de l'Arcadia 30, lui-même adapté des prototypes de course de Half Ton de Castro qui avaient brillé en régate. Cependant, contrairement aux pures machines de course de l'époque, le Sun Way 28 a été construit pour les familles et les équipages réduits qui exigeaient un bateau facile à manœuvrer, économique à la place de port et assez spacieux pour de longues croisières de week-end. (1, 2, 3)
Au sein de la gamme de Jeanneau, le Sun Way 28 était positionné comme le fleuron de la série d'entrée de gamme « Sun Way » — se situant au-dessus des Sun Way 21 et Sun Way 25 transportables sur remorque — avant que le chantier ne fasse évoluer cette catégorie de taille vers les débuts de la gamme Sun Odyssey, plus précisément avec le Sun Odyssey 28.1. Comparé aux modèles concurrents français de la fin des années 1980 et du début des années 1990, tels que le Beneteau First 285 ou le Feeling 29, le Sun Way 28 se distinguait par son exploitation audacieuse du volume intérieur. (4)
En descendant la descente, on découvre une cabine remarquablement lumineuse et ouverte, résultat direct du vitrage de rouf panoramique presque continu qui inonde le carré de lumière naturelle. L'aménagement intérieur était très en avance sur son temps, proposant une cabine arrière double indépendante avec une hauteur sous barrots décente à l'entrée, une cuisine en L entièrement fonctionnelle à bâbord, une véritable table à cartes à tribord et un compartiment WC marin séparé. La couchette en V à l'avant, bien qu'un peu courte pour les adultes de grande taille, s'ouvrait directement sur le carré principal pour accentuer la sensation d'espace. Les boiseries en teck massif et les vernis satinés ont été largement utilisés, apportant une ambiance chaleureuse et traditionnelle qui tranche nettement avec les contre-moules en fibre de verre des bateaux de série modernes. (1, 5, 6, 7)
Variations & Configurations
Bien que le moule de coque soit resté le même tout au long de la production, Jeanneau a proposé le Sun Way 28 en plusieurs configurations distinctes pour répondre aux spécificités des différents bassins de navigation. La version standard à quille à aileron était équipée d'un unique safran suspendu profond et offrait un profil de navigation traditionnel dépendant du tirant d'eau. En revanche, le Sun Way 28 dériveur lesté a été conçu spécifiquement pour les zones à marée et les estuaires peu profonds, comme on en trouve le long de la côte atlantique française et de la côte est du Royaume-Uni. (1)
La version dériveur lesté dispose d'un saumon de quille en fonte à faible tirant d'eau qui abrite une dérive pivotante en fibre de verre. Cette disposition permet au bateau de naviguer avec un tirant d'eau minimum de seulement 2,13 pieds (0,65 m) lorsque la dérive est entièrement relevée, et de 5,08 pieds (1,55 m) lorsqu'elle est abaissée pour optimiser les performances au près. En raison du logement mécanique et de la structure renforcée du saumon de quille, la version dériveur lesté est plus lourde que sa sœur à quille fixe, affichant un déplacement de 5 732 livres (2 600 kg) contre 5 291 livres (2 400 kg) pour la version quillard. (1)
Pour préserver le contrôle de la barre lorsque la dérive est relevée ou lorsque le bateau gîte dans peu d'eau, Jeanneau a équipé la version dériveur lesté d'un double safran. Ces deux safrans sont inclinés vers l'extérieur, garantissant que le safran sous le vent reste parfaitement vertical et profondément immergé, même lorsque le voilier est fortement sollicité au largue. De plus, alors que l'ancien Sun Dream 28 utilisait un gréement de sloop en tête, le Sun Way 28 est passé à un gréement de sloop fractionné moderne. Cette configuration fractionnée présente une grand-voile plus grande et une voile d'avant plus petite sans recouvrement, ce qui simplifie grandement les virements de bord et réduit l'effort physique requis pour naviguer en équipage réduit. (1, 5, 8)
Sailing Performance & Handling
Sur l'eau, le Sun Way 28 dériveur lesté offre un comportement vif et réactif qui trahit son pedigree de course. Avec un ratio déplacement/longueur (D/L) de 206,79, le bateau se situe résolument dans la catégorie des déplacements modérés. Il possède suffisamment de masse pour conserver son élan dans un petit clapot côtier, évitant ainsi de manquer à virer, tout en restant assez léger pour accélérer rapidement dans les risées. Ces performances sont soutenues par un ratio surface de voile/déplacement (SA/D) de 17,48, indiquant un plan de voilure moyennement puissant qui se comporte très bien par petit temps à jolie brise. Grâce au gréement fractionné, le travail au près est équilibré et très contrôlable, bien que les performances aux allures portantes par vent faible gagneront grandement à l'utilisation d'un spi asymétrique ou d'un gennaker pour compenser la taille réduite du foc standard.
Avec un ratio de risque de chavirage de 2,19, le Sun Way 28 dériveur lesté présente un maître-bau relativement large de 9,81 pieds (2,99 m) par rapport à son déplacement. Cette largeur importante se traduit par une excellente stabilité de forme initiale, ce qui signifie que le bateau gîte jusqu'à un certain angle puis se raidit rapidement, rassurant les navigateurs débutants et maintenant le carré relativement plat dans les vents modérés. Cependant, ce ratio indique également que le bateau est conçu pour la croisière côtière et semi-hauturière plutôt que pour les traversées océaniques, ses capacités de redressement ultime étant inférieures à celles des voiliers de voyage de la même époque, plus étroits et dotés d'un lest lourd. (1)
Le ratio de confort de 17,06 indique que le Sun Way 28 dériveur lesté aura un mouvement rapide et vif dans la mer. En raison de son brion relativement plat hérité des carènes de course de Tony Castro, le bateau peut avoir tendance à taper ou à taper dans la vague lorsqu'il est poussé directement dans une mer courte et raide de face. Abattre de quelques degrés pour choquer un peu les écoutes permet généralement d'adoucir le passage dans la mer. Le double safran de la version dériveur lesté est un avantage majeur en termes de maniabilité ; il offre une accroche phénoménale sur l'eau et rend la barre exceptionnellement légère et précise. Même surtoilé au largue, le voilier résiste à la tendance à partir au lof, car le safran sous le vent reste pleinement efficace. (8, 9)
Known Issues & Triage
Des décennies après sa sortie de chantier, plusieurs points spécifiques du Sun Way 28 dériveur lesté nécessitent une inspection attentive et un entretien préventif :
- Ensemble dérive et axe de pivot : Le saumon de quille en fonte abrite une dérive pivotante en fibre de verre. Avec le temps, la rouille peut s'accumuler à l'intérieur du puits de dérive, rétrécissant l'espace et bloquant la dérive en position haute ou basse. L'axe de pivot lui-même peut s'user, entraînant un jeu latéral et un claquement agaçant au mouillage ou sous voiles. La bosse de relevage — le cordage utilisé pour monter et descendre la dérive — est sujette au ragage et doit être inspectée et remplacée périodiquement lors d'une sortie d'eau.
- Affaissement du vaigrage : Comme beaucoup de bateaux de série français construits à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le vaigrage en vinyle sur mousse utilisé dans les cabines et le carré est réputé pour la dégradation de sa colle. À mesure que la mousse se désintègre en une poudre orange et collante, le vinyle s'affaisse et se détache du pont en fibre de verre. Les résidus doivent être grattés, et les propriétaires résolvent généralement ce problème en collant un nouveau vaigrage de qualité marine ou en installant de fins panneaux de lattes de bois.
- Délamination des varangues en contreplaqué : La structure de répartition des efforts du bateau repose sur des varangues et des lisses en contreplaqué stratifié dans les fonds. Si des fuites d'eau douce provenant de l'accastillage de pont, de l'emplanture de mât ou des hublots s'accumulent dans la cale pendant plusieurs années, cette eau peut s'infiltrer sous la stratification et faire pourrir ou délaminer la structure en contreplaqué.
- Coffre de cockpit arrière et joint de liaison coque-pont : Le grand coffre de cockpit est spacieux mais peut présenter des défauts d'étanchéité si les joints en caoutchouc sont usés, entraînant des infiltrations d'eau dans la cabine arrière. De plus, les fixations mécaniques le long du rail de fargue en aluminium au niveau de la liaison coque-pont doivent être vérifiées pour détecter d'éventuelles fuites, qui se manifestent souvent par des zones humides derrière les équipets du carré.
- Motorisations d'origine un peu faibles : Certains des premiers modèles de Sun Way 28 ont été livrés avec un moteur diesel monocylindre Volvo Penta de 9 chevaux (Volvo 2001). Bien que suffisant pour les canaux calmes, ce moteur est largement considéré comme trop faible pour propulser une coque de 5 732 livres (2 600 kg) contre un fort courant de marée ou un vent de face soutenu, ce qui rend les unités équipées du bicylindre Volvo Penta 2002 de 18 chevaux ou du Yanmar 2GM20 beaucoup plus recherchées. (1, 6, 7)
Modernization & Upgrades
De nombreux propriétaires expérimentés ont modernisé avec succès leur Sun Way 28 dériveur lesté pour l'adapter aux standards de croisière actuels, en mettant l'accent sur l'autonomie énergétique et la facilité de manœuvre :
- Remotorisation : Remplacer un vieux Volvo Penta 2001 ou 2002 à refroidissement direct par un moteur diesel moderne à refroidissement indirect (comme un Beta Marine 14 ou 20, ou un Yanmar 3YM20) est une amélioration très efficace. Ces diesels légers modernes offrent une excellente efficacité énergétique, moins de vibrations et des alternateurs puissants pour maintenir le parc de batteries de servitude chargé.
- Système électrique et conversion au Lithium (LiFePO4) : Les grands coffres situés sous les banquettes du carré et dans le cockpit font du Sun Way 28 un excellent candidat pour un refit électrique moderne. Les propriétaires installent fréquemment un parc de batteries Lithium Fer Phosphate de 200Ah à 300Ah associé à un chargeur intelligent performant et à un convertisseur DC-DC depuis l'alternateur du moteur. L'ajout de panneaux solaires souples sur le rouf ou sur un petit portique de poupe fournit une énergie durable pour le réfrigérateur 12V et l'électronique moderne.
- Gréement courant et accastillage de pont : Améliorer le système de relevage de la dérive en remplaçant l'ancienne bosse en polyester par du Dyneema à faible étirement augmente considérablement la fiabilité et réduit l'effort nécessaire sur le winch de rouf. Renvoyer toutes les drisses, les bosses de ris et la bosse de dérive au cockpit via des organisateurs de pont et des bloqueurs modernes rend le voilier incroyablement facile à mener en solitaire.
- Bout-dehors pour spi asymétrique : L'installation d'un petit bout-dehors amovible sur la plage avant permet d'utiliser un spi asymétrique moderne ou un Code Zero. Cette amélioration optimise considérablement les performances au portant par vent faible, résolvant le manque de vitesse inhérent au portant lié à la petite voile d'avant du gréement fractionné.
The Verdict
Le Jeanneau Sun Way 28 dériveur lesté reste l'un des petits croiseurs de grande série les plus intelligemment conçus de son époque. Pour les navigateurs à la recherche d'un voilier côtier économique, capable de se glisser dans moins d'un mètre d'eau, de naviguer dans les chenaux étroits et de s'échouer facilement dans les baies à marée, l'association d'une dérive relevable et d'un double safran est difficile à battre. Bien que les acheteurs doivent être prêts à traiter des problèmes liés à l'âge, comme les vaigrages affaissés ou l'entretien de la dérive, la solidité structurelle de la coque en stratifié massif et la brillante optimisation de l'espace signée Tony Castro font de ce modèle une base très gratifiante pour des aventures côtières modernes. (1, 6, 8, 9)
Pros
- Tirant d'eau extrêmement polyvalent, permettant de naviguer dans très peu d'eau et de s'échouer facilement sur les fonds de sable.
- La configuration à double safran garantit un contrôle de barre exceptionnel, une bonne tenue de cap et une excellente résistance au départ au lof à la gîte.
- Volume intérieur incroyable pour un bateau de 28 pieds, avec une véritable cabine arrière double indépendante et un compartiment salle d'eau séparé.
- Comportement sous voiles vif et équilibré, issu de la lignée des carènes de course de Half Ton.
- Gréement fractionné moderne avec une petite voile d'avant rendant les virements de bord très faciles en équipage réduit. (1, 3, 7, 8, 9)
Cons
- L'axe de pivot de la dérive, la bosse de relevage et le puits de dérive nécessitent un entretien régulier et sont difficiles à réviser lorsque le bateau est à l'eau.
- Les vaigrages en vinyle sur mousse sont très sujets à la dégradation et à l'affaissement avec le temps, nécessitant un remplacement fastidieux et laborieux.
- Les sections avant plutôt plates peuvent provoquer un passage bruyant et taper dans la vague lorsque l'on navigue directement face à une mer courte et raide.
- Les modèles équipés du moteur Volvo Penta de 9 chevaux d'entrée de gamme manquent nettement de puissance dans le gros temps ou face à des courants forts. (6, 9)








