Programme et philosophie du modèle
L'Islander Bahama 28 a été conçu comme un croiseur côtier et régatier de club d'entrée de gamme, au format de poche. À une époque où des chantiers comme Catalina rencontraient un immense succès avec le très économique Catalina 27, et où Cal Yachts séduisait les amateurs de vitesse avec le Cal 27, Islander visait un niveau supérieur de qualité de construction et de comportement marin. Le plan de Perry privilégiait la stabilité et la rigidité structurelle, en utilisant un lest lourd et un retour de coque orienté vers l'intérieur. Le chantier ciblait les petites familles, les couples de navigateurs et les adeptes des sorties en solitaire le week-end qui recherchaient un bateau suffisamment robuste pour affronter la houle de la côte Pacifique, tout en restant assez agile pour être performant dans les brises thermiques légères à modérées des ports. (2, 3, 4)
Dès la descente, le caractère intérieur du Bahama 28 témoigne d'une montée en gamme par rapport aux finitions en polyester très utilitaires de nombreux modèles de grande série de l'époque. Le carré est chaleureux, largement habillé de boiseries en teck, de cloisons structurelles et de meubles en bois sur mesure. Le nouveau moule de pont de la version Bahama permet d'offrir une hauteur sous barrots de près d'un mètre quatre-vingt dans le carré. Son aménagement est ouvert et pratique : une couchette en V traditionnelle à l'avant est suivie d'un compartiment toilette indépendant avec WC marin et lavabo. Dans le carré principal, des banquettes opposées permettent d'asseoir confortablement quatre personnes, la banquette tribord se transformant en couchette double. Une couchette de quart à tribord est nichée à l'arrière, tandis que le côté bâbord accueille une cuisine en L compacte et fonctionnelle, idéalement placée près de la descente pour une ventilation optimale. (2, 3)
Variations et configurations
Bien que les lignes de coque soient restées identiques tout au long de sa production, l'Islander Bahama 28 proposait quelques options d'équipement notables. La configuration standard de sloop en tête présente un mât emplanté sur le pont, soutenu par une solide épontille reliée directement à la cloison principale. Le profil des œuvres vives est dominé par une quille à aileron profonde et à fort allongement affichant un tirant d'eau de 1,52 m (cinq pieds), bien qu'une version petit tirant d'eau (PTE) ait également été proposée pour séduire les navigateurs fréquentant les zones de hauts-fonds. (2)
L'amélioration la plus importante de la série Bahama produite entre 1981 et 1985 se situait dans le compartiment moteur. Alors que les anciennes versions de la coque des années 1970 s'appuyaient souvent sur des moteurs à essence comme l'Atomic 4 ou l'OMC Zephyr, le Bahama 28 était équipé de série d'un moteur diesel in-bord Yanmar 2GM de 14 chevaux, moderne et fiable. Cette motorisation offrait un couple suffisant pour faire avancer le bateau dans un clapot court et serré, tout en bénéficiant de la sécurité et de l'économie de carburant du diesel. (2)
Comportement à la mer et performances
Sur l'eau, l'Islander Bahama 28 se montre remarquablement stable et tolérant. Avec un déplacement de 3 175 kg (7 000 livres) et un lest de 1 360 kg (3 000 livres), le bateau possède un ratio lest/déplacement impressionnant de 42,86 %. Cela se traduit directement par un comportement très raide à la toile, permettant au voilier de porter toute sa toile bien après que ses concurrents plus légers ont été contraints de prendre un ris. (5)
Son ratio déplacement/longueur modéré de 254,18 garantit que la coque passe en douceur dans le clapot plutôt que de rebondir dessus, même si elle n'a pas la capacité de déjauger comme un surf, propre aux bateaux de sport ultra-légers modernes.
Avec un ratio surface de voile/déplacement de 15,78, le plan de voilure reste conservateur. Dans le petit temps sous les cinq nœuds, le bateau subit une certaine traînée en raison de sa surface mouillée généreuse, ce qui nécessite un grand génois pour maintenir une bonne vitesse. Cependant, dès que la brise atteint dix nœuds ou plus, le voilier se réveille véritablement, tient bien son cap et montre une excellente capacité à remonter au vent au près serré.
Le ratio de risque de chavirage de 2,06 se situe juste à la limite des normes de sécurité traditionnelles de la course au large, rappelant aux propriétaires que s'il est incroyablement sûr dans les baies, les pertuis et pour les navigations côtières, il n'est pas conçu pour être un voilier hauturier de l'extrême. Son ratio de confort de 21,01 confirme un toucher de barre vivant et réactif qui reste très facile à maîtriser pour les navigateurs en solitaire.
Points faibles connus et entretien
Malgré sa construction robuste, tout voilier de cette époque nécessite une inspection minutieuse de plusieurs points structurels sensibles bien connus. Le plus célèbre est le « sourire d'Islander » (Islander Smile), une fissure fine qui peut se former à l'extrémité avant de la liaison coque-quille. Sur les bateaux dotés d'un lest en plomb extérieur, des talonnages répétés ou la flexion naturelle du puits de quille en polyester peuvent fissurer l'enduit d'étanchéité au niveau du joint. Bien que ce problème soit souvent purement esthétique, un « sourire » persistant impose d'inspecter et de resserrer les boulons de quille, puis de poncer soigneusement le joint pour le recharger à l'époxy et le stratifier à nouveau. (5, 6, 7)
Le pont est construit avec une âme en balsa, ce qui lui confère de la rigidité mais le rend très sensible aux infiltrations d'eau et au pourrissement s'il est négligé. Des zones molles sont fréquentes autour de l'accastillage soumis à de fortes contraintes, de la descente et plus particulièrement des cadènes. L'eau qui s'infiltre par les passages de cadènes finit par faire pourrir les cloisons intérieures en contreplaqué marine sur lesquelles elles sont boulonnées.
De plus, la liaison coque-pont du Bahama 28 est constituée d'un retour de coque vers l'intérieur scellé par un mastic d'étanchéité et recouvert d'un rail de fargue en aluminium perforé. Comme cette liaison est maintenue par des centaines de vis en acier inoxydable traversant l'aluminium, la corrosion galvanique peut détruire l'étanchéité au fil des décennies, provoquant des suintements d'eau dans la cabine. Pour résoudre ce problème, il faut démonter méthodiquement les fixations, nettoyer le joint et les remastiquer par petites sections. (4, 7)
Modernisation et améliorations
Les propriétaires actuels d'Islander Bahama 28 concentrent leurs travaux de refit sur l'amélioration de la sécurité en équipage réduit et la simplification des systèmes électriques. Beaucoup choisissent de renvoyer les drisses, les bosses de ris et les bosses de réglage au rouf en installant des boîtes de réas et des bloqueurs. Remplacer les anciens winches d'écoute de génois standard par des modèles self-tailing modernes facilite grandement le réglage des voiles d'avant pour les équipages réduits. (3)
Dans le compartiment moteur, le diesel Yanmar de 14 chevaux est très réputé, mais les réservoirs de carburant d'origine peuvent souffrir de dépôts ou de corrosion. Les propriétaires remplacent fréquemment le réservoir de carburant en aluminium d'origine et installent un système de pré-filtration de carburant moderne pour garantir la fiabilité du moteur.
Côté électricité, les faisceaux d'origine de l'usine sont souvent fatigués et corrodés. L'installation d'un tableau de distribution CC moderne, la conversion de l'éclairage de la cabine aux LED et le remplacement du parc de batteries par des modèles AGM ou lithium-fer-phosphate (LiFePO4) permettent d'alimenter facilement les appareils électroniques de navigation modernes, les pilotes automatiques sobres et les groupes froids efficaces sans avoir à faire tourner le moteur en permanence au mouillage.
Le verdict
L'Islander Bahama 28 s'impose comme une évolution particulièrement réussie de l'un des meilleurs plans de Robert Perry pour les voiliers de taille moyenne. Il offre une combinaison exceptionnelle de comportement marin rigide et prévisible, d'une construction robuste en fibre de verre typique de la côte Ouest, et d'une cabine étonnamment élégante et confortable pour un 28 pieds. Pour les plaisanciers soucieux de leur budget, les jeunes familles ou ceux qui souhaitent passer à un petit croiseur simple d'entretien, ce plan classique offre une valeur durable et une sécurité remarquable sur l'eau. (2, 3)
Les points forts
- Raide à la toile et stable en navigation grâce à un ratio de lest élevé
- Hauteur sous barrots généreuse et cabine confortable aux finitions en bois soignées
- Excellente capacité à remonter au vent au près serré et comportement prévisible à la barre
- Moteur diesel Yanmar standard fiable et sobre
- Coque robuste en fibre de verre capable d'affronter des conditions côtières difficiles (2, 3, 5, 8)
Les points faibles
- Ponts en sandwich balsa très sujets aux zones molles et au pourrissement si l'accastillage n'est pas re-mastiqué
- Liaison de rail de fargue en aluminium perforé réputée pour développer de légers suintements au fil du temps
- Manque de puissance par vent très faible en raison d'un plan de voilure conservateur et d'une grande surface mouillée
- Sensible au « sourire d'Islander » au niveau du joint de quille, nécessitant une inspection périodique des boulons de quille (4, 7)










