Design Brief & Intent
Le Figaro Solo a été construit avec une mission unique et sans concession : endurer les étapes de course au large éprouvantes, en solitaire et en plusieurs manches, de la Solitaire du Figaro et d'autres événements exigeants comme la Transat AG2R en double. Ce n'était pas un bateau destiné à la croisière côtière de loisir ou aux vacances en famille. Il s'agissait plutôt d'un outil athlétique conçu pour être poussé dans ses retranchements absolus par un marin solitaire, quelles que soient les conditions météo. (1)
Ce cahier des charges intense, axé sur la performance, saute aux yeux dès que l'on descend sous le pont. L'intérieur du Figaro Solo est dépouillé et utilitaire, exempt des boiseries vernies et des vaigrages cossus habituels sur les voiliers de croisière de Beneteau. L'aménagement est optimisé pour gagner du poids et maximiser la rigidité structurelle. Plutôt que des cabines confortables, l'intérieur présente une configuration minimaliste conçue pour accueillir jusqu'à six personnes sur de simples couchettes cadres et des couchettes anti-roulis. Des tirants de cadène structurels en acier inoxydable coupent en deux les couchettes du carré, imposant des dispositions particulières pour dormir et n'offrant que très peu de confort domestique. La hauteur sous barrots est raisonnable, mais les aménagements sont spartiates ; il n'y a pas de WC marin standard ni de cabinet de toilette fermé, seulement un espace pour un simple seau ou un WC chimique. La cuisine est rudimentaire, composée d'un simple réchaud sur cardan et de rangements minimaux, tandis que la table à cartes surdimensionnée, orientée vers l'avant, fait office de véritable centre de commandement fonctionnel du bateau. Chaque détail témoigne d'une recherche de gain de poids et d'efficacité opérationnelle, des surfaces en fibre de verre apparentes et faciles à nettoyer jusqu'aux compartiments de cale très accessibles. (1, 4, 5)
Rigging & Configuration Variations
Au cours de ses douze années de production, le Figaro Solo a connu une évolution significative de son gréement afin de répondre aux problèmes de sécurité lors des navigations en solitaire sous l'effet de la fatigue. Lors de son lancement en 1990, le bateau portait un gréement fractionné 7/8 hautement réglable avec une grand-voile à forte surface, une bôme imposante et des bastaques. Bien que cette configuration permettait un contrôle précis du cintrage du mât et de la tension de l'étai, les bastaques se sont révélées être une contrainte dangereuse pour des navigateurs solitaires fatigués. Manquer le transfert d'une bastaque lors d'un empannage accidentel sous le vent dans la brise pouvait entraîner une rupture catastrophique du gréement. (1, 6)
Pour remédier à cette vulnérabilité, Beneteau et la classe ont introduit une modification majeure de la production en 1993. Le mât d'origine a été remplacé par un gréement fractionné 9/10 moderne et plus robuste, équipé de barres de flèche poussantes et sans bastaques. Ce profil simplifié éliminait le danger lié à la manipulation des bastaques tout en conservant d'excellentes capacités de réglage des voiles. Des commandes de double pataras ont été conservées à l'arrière, réparties des deux côtés du cockpit, permettant au barreur de régler facilement le mât depuis le rappel.
En matière de lest, le Figaro Solo était en avance sur son temps, disposant d'un système intégré de lest d'eau (water-ballasts). En plus de sa quille à aileron fixe en fonte et de son bulbe lesté, le bateau dispose de doubles réservoirs de lest latéraux d'environ 200 litres (53 gallons) par côté. L'eau est aspirée et transférée entre les réservoirs via une écope manuelle ou un système de pompe entraîné par le moteur, permettant au skipper en solitaire d'ajouter un couple de rappel crucial du côté au vent. Pour les régates régionales et de flotte où les ballasts d'eau n'étaient pas autorisés par les règles de classe, Beneteau a également produit une version simplifiée, sans ballast, connue sous le nom de Figaro Challenge. (1, 3, 6)
Sailing Performance & Handling
Les caractéristiques techniques du Figaro Solo révèlent un bateau conçu pour la vitesse, l'agilité et une navigation dynamique. Avec un déplacement de seulement 5 291 livres (2 400 kg) et une surface de voilure généreuse, le bateau bénéficie d'un ratio surface de voile/déplacement exceptionnellement puissant de 27,66. Associé à un ratio déplacement/longueur léger de 112,84, la coque est facile à propulser et accélère instantanément dans les petits airs comme dans les fortes rafales. À la barre, le bateau est remarquablement réactif. La direction est directe grâce à une barre franche en aluminium en forme de T, offrant des sensations positives proches de celles d'un dériveur. Cependant, comme le bateau monte très vite en puissance, une barre ardente peut rapidement se développer si la grand-voile et le chariot de bôme ne sont pas activement choqués, ce qui exige une attention constante du barreur ou un pilote automatique bien calibré. (5)
Dans la mer formée, le tempérament athlétique du bateau s'exprime pleinement. Un faible ratio de confort de 12,36 indique que le comportement est vif, humide et très dynamique, exigeant une bonne endurance physique de la part de l'équipage. Le ratio de risque de chavirage de 2.45 indique un maître-bau relativement large de 10,66 pieds par rapport à son poids léger. Cette forme de coque offre une excellente stabilité initiale (raideur à la toile) lorsque le bateau navigue à plat, mais elle s'appuie sur sa quille profonde de 5,92 pieds et sur une gestion active des ballasts pour maintenir son couple de rappel dans les conditions extrêmes. Avec un ratio lest/déplacement de 37,5 %, une part importante de son poids est placée très bas dans le bulbe de quille. En équipage réduit, le remplissage du ballast d'eau au vent est indispensable ; il diminue considérablement l'angle de gîte du voilier, stabilise la barre et réduit l'effort sur le pilote automatique mécanique, permettant au bateau de maintenir son allure de course effrénée au portant sous spinnaker. (1)
Known Issues & Triage
Étant donné que le Figaro Solo a été construit pour la course au large professionnelle, la plupart des exemplaires disponibles sur le marché de l'occasion ont connu des vies exigeantes. Les acheteurs potentiels doivent aborder ces bateaux avec un protocole d'inspection rigoureux, en se concentrant sur les zones structurelles qui subissent le plus fort des contraintes de la course au large. (7)
Le point le plus critique concerne la liaison coque-quille et la varangue structurelle interne. La quille à aileron à fort allongement et le bulbe lourd exercent un bras de levier énorme sur le stratifié de la coque. Tout historique de talonnage à pleine vitesse peut entraîner une grave délamination structurelle de la coque en stratifié massif autour de la structure de quille. Cette zone doit être minutieusement sondée à l'aide d'un marteau d'expert pour détecter d'éventuels vides, et les varangues internes doivent être inspectées pour vérifier l'absence de fissures. Le stratifié de la coque étant relativement mince pour économiser du poids, le bateau ne peut pas supporter son propre poids sur sa quille lors du stockage sans des bers de chantier spécialisés qui répartissent la charge sur la coque. (1, 8, 9)
Les infiltrations d'eau sur le pont et la fatigue de l'accastillage sont également courantes. Avec des dizaines de poulies, de rails et de bloqueurs fortement sollicités et boulonnés à travers le pont, l'âme du sandwich est sensible aux infiltrations d'humidité si les fixations n'ont pas été régulièrement re-mastiquées. Le mât est emplanté sur la quille, et le manchon de mât en caoutchouc au niveau du pont est une source connue de fuites d'eau de pluie. Cette eau s'écoule directement le long du mât et s'accumule dans les cales peu profondes, ce qui peut endommager l'électronique et rendre l'intérieur humide si le problème n'est pas traité. (5, 9)
Sur le plan mécanique, le moteur diesel Yanmar monocylindre standard est généralement fiable, mais il fonctionne avec un système de refroidissement direct à l'eau brute qui est sujet à l'accumulation de tartre et à la corrosion. Le joint d'eau brute de la pompe à eau est une pièce d'usure connue qui peut fuir de l'eau salée directement sur le bloc moteur, provoquant une rouille prématurée. De plus, le système de double prise d'eau — conçu pour éviter les obstructions par des débris marins pendant les courses — nécessite un entretien régulier pour s'assurer que les vannes et le filtre restent étanches. (5, 10)
Modernization & Upgrades
Les propriétaires actuels de Figaro Solo cherchent de plus en plus à moderniser les systèmes du bateau pour en faire un voilier de voyage rapide en équipage réduit plus pratique ou un croiseur-régatier moderne pour les régates de club. (11, 7)
La cible principale de cette modernisation est le système électrique. La configuration d'origine du bateau reposait sur une électronique à forte consommation, en particulier les premières générations de pilotes automatiques comme le B&G Hydra 2000 associés à des vérins hydrauliques gourmands en énergie. Pour alimenter ces systèmes lors de longues traversées sans faire tourner constamment le moteur monocylindre, les propriétaires installent désormais des parcs de batteries au Lithium Fer Phosphate (LiFePO4). Ces systèmes légers et de grande capacité fournissent la tension stable requise par les pilotes automatiques intelligents et les traceurs de cartes modernes, réduisant considérablement le temps de charge global du bateau.
La simplification du plan de voilure est une autre amélioration courante. Alors que la configuration de course d'origine exigeait une large garde-robe de voiles d'avant à mousquetons, de nombreux propriétaires actuels installent un système d'enrouleur à profil bas sur l'étai. Pour compenser le poids supplémentaire dans les hauts, ils optent souvent pour des voiles en stratifié modernes qui conservent leur forme sur une plage de vent plus large. De plus, l'installation d'un bout-dehors en carbone fixe ou rétractable permet d'utiliser des spinnakers asymétriques modernes et des voiles Code Zero, rendant la navigation au portant beaucoup plus facile à gérer pour un marin solitaire que la manipulation d'un spinnaker symétrique traditionnel avec son tangon.
Enfin, de petits éléments de confort sont souvent ajoutés pour rendre le carré spartiate plus vivable. Cela comprend l'installation d'un WC marin moderne et léger à la place du système de seau, la pose d'un éclairage LED efficace et l'ajout de capotes de descente amovibles pour protéger la descente des embruns du cockpit. (5)
The Verdict
Le Beneteau Figaro Solo reste un coursier de large emblématique qui offre un rapport performance-prix inégalé sur le marché de l'occasion. C'est un bateau conçu pour les marins qui privilégient la vitesse pure, la réactivité de la barre et le développement d'un sens marin de haut niveau plutôt que le confort domestique. Bien que son intérieur spartiate et ses mouvements vifs le rendent inadapté à un programme de croisière familiale traditionnelle, c'est une plateforme exceptionnelle pour l'aventure en équipage réduit, l'entraînement à la course au large et les régates de club. (7)
Points forts :
- Performances de course au large grisantes avec des accélérations et une vitesse exceptionnelles.
- Sensation à la barre incroyablement réactive et positive grâce à une barre franche directe.
- Le système de ballasts d'eau intégré offre une excellente raideur à la toile pour la navigation en équipage réduit.
- Coque en stratifié massif très robuste avec une forme de carène éprouvée et marine.
- Excellent rapport qualité-prix, offrant un héritage de course prestigieux à un tarif accessible.
Points faibles :
- Intérieur brutalement minimaliste avec pratiquement aucun équipement de confort ni intimité.
- Mouvements vifs, humides et très dynamiques dans la mer formée en raison de son déplacement léger.
- La plupart des coques disponibles ont été fortement sollicitées en course et nécessitent une expertise structurelle méticuleuse.
- Le mât emplanté sur la quille et le plan de pont complexe sont sujets aux fuites et aux entrées d'eau de pluie.
- Exige un réglage actif des voiles et une gestion précise des ballasts pour contrôler la barre ardente.



