Design Brief & Intent
Au milieu des années 1970, la division Marine Products Group de la Chrysler Corporation cherchait à concurrencer directement les icônes du voilier transportable qu'étaient le Catalina 22 et l'O'Day 22. Pour se démarquer, Chrysler confia à Halsey Herreshoff — héritier de la légendaire dynastie d'architectes de yachts Herreshoff — le soin de dessiner un sloop de 22 pieds. Le cahier des charges de Herreshoff consistait à concilier un volume intérieur maximal avec des lignes fluides et contemporaines, élégantes aussi bien sur une place de port que sur une remorque. (1, 2)
La grande majorité des Chrysler 22 furent vendus en version quille pivotante. Cependant, la configuration à quille fixe et mât rallongé (FK TM) fut imaginée pour les puristes de la voile qui laissaient leur bateau à flot à l'année ou sur un élévateur à sec. En abandonnant la possibilité de mise à l'eau sur rampe de la quille pivotante au profit d'un aileron de quille fixe en plomb profond, et en y associant un gréement plus haut, Chrysler proposait un bateau qui se démarquait des voiliers transportables de l'époque, souvent trop tendres et soumis à des compromis. (2)
L'aménagement intérieur du Chrysler 22 FK TM profite grandement de cette configuration structurelle. En l'absence de puits de dérive pour le mécanisme de relevage, le plancher de cabine est entièrement dégagé et sans obstacle, offrant une sensation d'espace rarement égalée sur des unités de cette taille. L'aménagement intérieur dispose d'un contre-moule en fibre de verre agrémenté de boiseries en teck chaleureux. Il comprend une couchette en V à l'avant, une banquette à bâbord, un petit meuble de cuisine pratique avec évier et une couchette de quart à tribord. Bien que la hauteur sous barrots se limite à la position assise — ce qui est classique pour les 22 pieds de cette génération —, la cabine s'avère chaleureuse, sèche et particulièrement bien pensée pour la petite croisière côtière le temps d'un week-end. (2)
Sailing Performance & Handling
À la barre, le Chrysler 22 FK TM se comporte comme un véritable quillard et non comme un voilier transportable léger. Avec un déplacement de 3 000 livres, la coque s'inscrit résolument dans la catégorie des déplacements modérés. Cela lui confère un comportement sain et rassurant dans le clapot, avec un ratio déplacement/longueur (D/L) de 195,26 qui indique une plateforme stable, exempte des mouvements de tangage violents propres aux voiliers transportables ultra-légers des années 1970. (2)
L'impact physique du gréement Tall Mast se traduit immédiatement par un ratio surface de voile/déplacement (SA/D) de 17,54. Dotée d'un mât plus haut de un pied et demi par rapport au gréement standard, la configuration TM porte une surface de voilure généreuse. Cela se traduit par une navigation vivante et réactive par petits airs à brise modérée, permettant au bateau de glisser avec élégance et de capter les moindres brises thermiques là où ses concurrents à gréement standard doivent démarrer leur moteur hors-bord. (2)
Dès que le vent fraîchit, l'apport de la quille à aileron en plomb de 725 livres devient évident. Ce lest représente un ratio lest/déplacement (B/D) de 24,17 %. Avec un tirant d'eau de 3,75 pieds, ce plan de dérive fixe place le lest très bas, améliorant considérablement le couple de redressement et la raideur à la toile initiale par rapport à la version à quille pivotante, beaucoup plus tendre. Le voilier tient remarquablement son cap, remonte très bien au près et conserve toute sa toile bien plus longtemps avant que l'équipage n'ait besoin de prendre un ris dans la grand-voile. (1, 2)
Avec un ratio de risque de chavirage de 2,15, le bateau est large et plat par rapport à son poids, une caractéristique architecturale fréquente sur les croiseurs de poche pour maximiser le volume intérieur. Bien que cela en fasse une plateforme initiale très stable, cela classe clairement le bateau parmi les croiseurs côtiers et de plans d'eau intérieurs, excluant la navigation hauturière engagée. Le ratio de confort de 15,32 confirme que les mouvements dans un clapot court seront vifs et saccadés, bien que la quille à aileron profonde aide à amortir le roulis et procure un comportement beaucoup plus prévisible que celui de sa sœur à quille pivotante. (2)
Known Issues & Triage
Des décennies après sa sortie de l'usine du Texas, le Chrysler 22 présente une liste bien connue de points structurels et esthétiques que les acheteurs potentiels doivent inspecter avec soin. (2, 3)
Le problème le plus récurrent concerne la dégradation de l'âme du pont. Chrysler utilisait une construction en sandwich de fibre de verre sur une âme en balsa ou en nid d'abeille. Après plus de quarante ans, les mastics d'étanchéité autour des cadènes, des pieds de chandeliers, des mains courantes et de l'emplanture de mât finissent inévitablement par sécher et fuir, permettant à l'eau douce de s'infiltrer dans le sandwich. Cela provoque des zones molles et une délamination. Le traitement consiste à localiser ces zones molles à l'aide d'un maillet en plastique, à percer des trous d'inspection, à sécher l'âme, puis à injecter de la résine époxy ou à découper la peau pour remplacer le balsa pourri par du contreplaqué marine moderne ou de la mousse à cellules fermées. (4, 5, 6)
Une autre source fréquente d'infiltration d'eau se situe au niveau de la liaison coque-pont et du rail de fargue. Le liston en aluminium est vissé directement à travers le joint coque-pont. Les chocs contre les pontons peuvent déformer ce liston et desserrer les fixations, créant une voie d'eau pour la pluie ou les embruns directement dans la cabine. Cette fuite persistante imbibe souvent les compartiments de mousse de flottabilité internes, créant une mousse gorgée d'eau et moisie qu'il faut alors laborieusement gratter et remplacer. (3)
Le système de gouvernail présente également une faiblesse connue. Les joues d'origine et la mèche de safran étaient construites en aluminium, avec un tube de jaumière creux en aluminium. Sous forte charge ou dans des conditions difficiles, ces pièces en aluminium sont très sensibles à la corrosion, à la fatigue et à des risques de déformation ou de rupture catastrophique. Les propriétaires expérimentés conseillent d'inspecter minutieusement la mèche de safran à la recherche de microfissures et de remplacer l'ensemble si le moindre jeu ou déformation est constaté. (1, 7)
Enfin, l'absence de baille à mouillage dédiée à l'avant est un choix de conception mineur mais agaçant. Les propriétaires doivent stocker leur ligne de mouillage dans un coffre de cockpit ou à l'intérieur de la cabine, ce qui oblige souvent à descendre sous le pont un cordage mouillé et couvert de vase. (3)
Modernization & Upgrades
Les efforts de modernisation sur le Chrysler 22 FK TM se concentrent sur l'amélioration de la sécurité, la fiabilité de la barre et l'autonomie électrique pour les croisières de week-end. (5)
La reconstruction du safran est l'une des améliorations les plus bénéfiques qu'un propriétaire puisse réaliser. Remplacer la mèche creuse en aluminium d'origine par une mèche pleine en acier inoxydable sur mesure et une pale de safran suspendu en fibre de verre à fort allongement transforme radicalement le comportement du bateau. Associée à des bagues neuves ajustées en polyéthylène UHMW, cette modification élimine le jeu caractéristique de la barre et procure un contrôle précis et rassurant. (1)
Au niveau du gréement, il est vivement recommandé de renvoyer toutes les drisses, bosses de ris et manœuvres courantes au cockpit, d'autant plus avec la voilure généreuse de la version Tall Mast. L'installation d'organisateurs de pont, de poulies de renvoi en pied de mât et de bloqueurs modernes sur le rouf permet de naviguer en équipage réduit en toute sécurité, permettant au barreur de prendre un ris ou d'affaler les voiles sans avoir à monter sur le rouf glissant par gros temps. (8)
Enfin, les circuits électriques du bord se modernisent facilement. Le bateau dépendant d'un petit moteur hors-bord à arbre long dont la capacité d'alternateur est très limitée, les propriétaires chevronnés optent souvent pour un petit parc de batteries au lithium fer phosphate (LiFePO4). Une seule batterie lithium de 50 Ah ou 100 Ah, associée à un panneau solaire extra-plat de 50 watts monté sur le pont ou sur le balcon arrière, s'avère amplement suffisante pour alimenter indéfiniment l'éclairage intérieur à LED, les feux de navigation, une radio VHF avec AIS, un sondeur et un pilote automatique de barre franche basique. (5)
The Verdict
Le Chrysler 22 FK TM est un quillard de poche classique, rare et très gratifiant, qui offre des sensations bien au-delà de sa taille. Pour le plaisancier qui accepte de laisser son bateau à flot ou sur un élévateur à sec, et qui privilégie les qualités marines à la facilité de mise à l'eau sur remorque, ce plan Herreshoff propose une carène raide, bonne marcheuse au près et exceptionnellement logeable. S'il exige une surveillance rigoureuse de l'état de son pont et de son safran, un exemplaire FK TM modernisé offre le plaisir de navigation d'un quillard beaucoup plus grand pour une fraction de son coût.
Les points forts
- Excellente aptitude à remonter au vent et raideur à la toile supérieure à la version à quille pivotante.
- Performances dynamiques par petit temps grâce au plan de voilure Tall Mast.
- Plancher de cabine remarquablement dégagé et spacieux grâce à l'absence de puits de dérive.
- Lignes de coque classiques signées Halsey Herreshoff, toujours élégantes et équilibrées aujourd'hui.
- Déplacement lourd et stable offrant un comportement rassurant et prévisible le long des côtes. (1)
Les points faibles
- Tirant d'eau important de 3,75 pieds empêchant les mises à l'eau simples sur rampe, nécessitant une remorque spécifique ou un grutage.
- Grande sensibilité au pourrissement de l'âme du pont autour de l'accastillage ancien dont l'étanchéité fait défaut.
- Safran d'origine en aluminium sujet à la fatigue structurelle, nécessitant d'être remplacé ou renforcé.
- Absence de baille à mouillage dédiée sur le pont avant, compliquant le stockage de l'ancre et de sa chaîne. (1, 3, 4, 5)




