Programme de conception et objectifs
La mission principale du Sportina 25 était de proposer un croiseur transportable à double usage, capable de faire le lien entre les sorties de week-end sur les lacs et la petite croisière côtière. À la fin des années 2000, ce segment était très concurrentiel, avec des chantiers bien établis comme Beneteau qui poussait le First 25.7, Jeanneau qui proposait le Sun Odyssey 2500, et Hunter qui commercialisait le Hunter 27. Contrairement à beaucoup de ses contemporains qui optaient pour des francs-bords élevés afin de maximiser la hauteur sous barrots, l'architecte Andrzej Skrzat a choisi une esthétique élancée et basse sur l'eau, avec des élancements courts et un tableau arrière épuré et moderne. Cela a permis au Sportina 25 de s'imposer comme l'un des voiliers les plus élégants de sa catégorie. (1)
À l'intérieur, le bateau troque le volume vertical contre une circulation transversale fluide. Les finitions intérieures font appel à des placages en acajou de grande qualité — signature de l'équipe d'ébénisterie qualifiée de Delphia Yachts —, apportant une ambiance chaleureuse et traditionnelle qui tranche avec les intérieurs minimalistes en plastique moulé de certains concurrents français. L'aménagement est conçu autour d'un concept ouvert avec une cabine avant en V double, un carré central doté de deux couchettes de salon, et une couchette double située sous le fond de cockpit. Bien que cette disposition ouverte renforce la sensation d'espace et de ventilation, elle exige une certaine intimité familiale, car la séparation se limite à un rideau ou une simple cloison en tissu, à l'exception du compartiment des WC entièrement fermé. La cuisine compacte est fonctionnelle mais dictée par les compromis ; comme le soulignaient les essais de l'époque dans la presse nautique européenne, la cuisine est disposée de telle sorte que le cuisinier doit travailler principalement assis sur la banquette du carré, ce qui peut s'avérer inconfortable pour les équipiers de grande taille. La hauteur sous barrots plafonne à 1,62 mètre, ce qui montre que la cabine a été pensée pour le confort assis plutôt que debout.
Variantes et configurations
Delphia a produit le Sportina 25 en trois configurations distinctes pour s'adapter aux différents plans d'eau, modifiant à la fois la transportabilité du bateau et sa navigabilité.
La version à quille fixe dispose d'une quille à aileron profonde et à fort allongement, affichant un tirant d'eau de 1,58 mètre pour un lest de 400 kilogrammes. Avec un poids total de 1 600 kilogrammes, cette configuration bénéficie d'une homologation CE en catégorie B, l'autorisant à de vraies navigations côtières et à des conditions de mer modérées au large. Elle offre la meilleure stabilité et une excellente tenue de cap, mais élimine la possibilité de lancer facilement le bateau depuis une cale de mise à l'eau ou de naviguer dans les hauts-fonds extrêmes.
La version à quille relevable constitue un compromis, utilisant une dérive sabre qui permet de faire varier le tirant d'eau de 0,68 mètre à 1,58 mètre. Avec un poids total de 1 800 kilogrammes et 250 kilogrammes de lest intégrés à la structure de la quille, elle permet d'accéder aux eaux peu profondes tout en conservant une capacité de remontée au près tout à fait honorable.
La version à quille pivotante (ou quille avec dérive) représente la configuration ultime pour le cabotage, très populaire sur les lacs intérieurs d'Allemagne, de Pologne et des Pays-Bas. Cette version dispose d'un lest intérieur en plaque de 600 kilogrammes associé à une dérive pivotante légère de 85 kilogrammes, réduisant le tirant d'eau au chiffre impressionnant de 0,32 mètre. Cela permet au bateau d'échouer facilement sur une plage ou de naviguer au plus près du rivage. Cependant, ce lest supplémentaire porte le poids de transport à 2 100 kilogrammes et limite son homologation CE à la catégorie C pour les eaux intérieures et côtières abritées. Cette version s'adapte parfaitement aux remorques européennes standard, car son maître-bau de 2,55 mètres respecte la réglementation routière sans nécessiter de permis de convoi exceptionnel. (2)
Performances sous voiles et comportement
Sous voiles, le Sportina 25 se comporte davantage comme un dériveur tonique de grande taille que comme un quillard traditionnel. Ce caractère est dicté par son déplacement léger et un gréement de sloop fractionné très puissant, offrant un ratio surface de voile/déplacement généreux de 20,43. Dans le petit temps, ce ratio permet au bateau d'accélérer presque instantanément, laissant sur place les croiseurs de poche plus lourds et plus volumineux. Le ratio déplacement/longueur (D/L) de 117,47 met en valeur une carène moderne et facile à mener, qui utilise des sections arrière plates pour conserver sa vitesse et atteindre des moyennes impressionnantes au largue.
Cependant, ce profil de performance dynamique exige une navigation active et attentive dès que la brise fraîchit. Avec un ratio de confort de 14,39, le mouvement du bateau dans le clapot est rapide et nerveux, et il se montrera relativement tendre à la toile. Son ratio de risque de chavirage de 2,12 se situe juste au-dessus du seuil de sécurité traditionnel de 2,0, confirmant qu'il ne s'agit pas d'un voilier de voyage pour le gros temps. Le retour d'information à la barre, via le safran extérieur suspendu sur le tableau arrière, est direct et tactile, mais la barre franche peut rapidement devenir dure si le bateau est surtoilé. Les propriétaires expérimentés conseillent de réduire la voilure tôt — généralement dès que le vent réel dépasse 15 nœuds — pour dépuissancer la grand-voile, conserver de l'efficacité au safran et éviter que le voilier ne parte au lof.
Marché de l'occasion et aspects économiques
Le Sportina 25 occupe une position unique sur le marché de l'occasion, s'échangeant généralement à un tarif très attractif par rapport à ses concurrents français et allemands. Construit à l'âge d'or de la production de Delphia en Pologne, il permet aux acheteurs de bénéficier des standards élevés de stratification en fibre de verre du chantier sans subir la surcote tarifaire des marques historiques d'Europe de l'Ouest. Ce modèle est particulièrement recherché en Europe du Nord et centrale, où des cercles de propriétaires actifs maintiennent sa popularité pour les flottes de location intérieures et les clubs de voiliers transportables.
L'aspect économique de l'achat d'un Sportina 25 est extrêmement avantageux, principalement en raison de sa transportabilité. La possibilité de sortir le bateau de l'eau sur une remorque standard permet d'économiser chaque année des milliers d'euros en frais d'hivernage, de stockage à terre et de place de port. De plus, le bateau étant généralement propulsé par un moteur hors-bord de 8 chevaux installé dans un puits arrière plutôt que par un moteur diesel in-bord complexe, les coûts d'entretien, d'hivernage et de remplacement du moteur restent minimes.
Points faibles connus et points de contrôle
Bien que le Sportina 25 soit un voilier de construction robuste, les acheteurs potentiels doivent concentrer leur expertise sur plusieurs points d'usure connus, typiques de ce modèle.
Sur les versions à quille pivotante et quille relevable, le mécanisme de levage constitue le point central de l'entretien à long terme. Les câbles de levage, les poulies et l'axe de pivotement sont des composants soumis à une usure importante, exposés à une immersion constante et à des contraintes mécaniques. Des câbles qui s'effilochent ou des bagues usées peuvent provoquer un claquement dans le puits de dérive en navigation, signalant du jeu au niveau de l'axe de pivot. Si ce problème est négligé, la rupture d'un câble peut bloquer la quille en position basse ou, dans le pire des cas, endommager la structure interne du puits lors d'un talonnage. Vérifier l'intégrité du stratifié autour de l'axe de pivot pour détecter d'éventuelles fissures de fatigue est une étape essentielle de l'expertise.
Le safran est un autre élément nécessitant une inspection minutieuse. Le safran extérieur, suspendu au tableau arrière, repose sur des aiguillots et fémelots qui supportent des charges élevées. Avec le temps, la navigation dans la brise ou les chocs contre des obstacles sous-marins peuvent faire travailler le stratifié du tableau arrière à proximité de ces ferrures, entraînant un faïençage du gelcoat. Les acheteurs doivent vérifier l'absence de jeu structurel dans le support de safran et s'assurer de la présence de contre-plaques de renfort adaptées à l'intérieur du tableau arrière.
Enfin, certains modèles livrés d'origine étaient équipés d'un accastillage de pont, comme les taquets de drisse, dépourvu de contre-plaques de renfort suffisantes, ce qui provoquait parfois une légère déformation du pont sous la tension du gréement. S'assurer que les cadènes et les boîtes à réas sont correctement étanchées et renforcées est crucial pour éviter les infiltrations d'eau dans le sandwich de pont en âme de balsa.
Modernisation et améliorations
Avec l'âge de ces bateaux, les propriétaires actuels modernisent de plus en plus leurs équipements pour améliorer le confort et la sécurité sur l'eau. La motorisation est la cible principale de ces modernisations. Le passage d'un moteur hors-bord thermique ancien et bruyant à un moteur hors-bord électrique à fort couple est une amélioration très populaire. Le puits ouvert du tableau arrière accueille parfaitement les moteurs électriques, et le déplacement léger du voilier en fait un candidat idéal pour la propulsion électrique, en particulier sur les lacs où les moteurs thermiques sont interdits.
Pour alimenter ces moteurs électriques et les réfrigérateurs modernes, de nombreux propriétaires remplacent leur parc de batteries de servitude par des batteries au lithium fer phosphate (LiFePO4). Le bateau étant très sensible à la répartition des masses, le remplacement des lourdes batteries au plomb par des unités au lithium légères permet de soulager l'arrière, préservant ainsi l'assiette du voilier sous voiles. Parmi les autres améliorations courantes, on note l'installation d'une chèvre de mât en A pour faciliter le mâtage en solitaire, ainsi que le remplacement de l'accastillage d'origine par des poulies modernes à roulements et des coinceurs pour faciliter le réglage des manœuvres depuis le côté au vent du cockpit.
Le verdict
Le Sportina 25 reste un excellent choix économique pour les plaisanciers à la recherche d'un croiseur transportable et vivant, conciliant une silhouette élégante et un volume de cabine surprenant. Très réactif et plaisant dans le vent faible à modéré, il se montre idéal pour explorer les lacs et les côtes, bien que son déplacement léger et son comportement dynamique imposent une navigation active lorsque le temps se gâte.
Les points forts
- Design élégant et bas sur l'eau qui évite l'aspect massif de nombreux voiliers transportables équivalents.
- Excellentes performances dans le petit temps et grande réactivité à la barre.
- Largeur réglementaire de 2.55 mètres permettant un remorquage facile sur les routes européennes sans autorisation spéciale.
- Différentes options de quilles pour s'adapter aux plans d'eau, des lacs peu profonds aux navigations côtières.
- Ébénisterie chaleureuse en acajou de qualité offrant une ambiance intérieure traditionnelle. (1)
Les points faibles
- Hauteur sous barrots limitée à 1,62 mètre, réduisant le confort debout pour les équipiers de grande taille.
- Aménagement de cabine de type ouvert offrant peu d'intimité entre les couchettes.
- Comportement vif et gîte rapide dans le clapot imposant de prendre un ris tôt, dès 15 nœuds de vent.
- Cuisine conçue pour être utilisée exclusivement en position assise.
- Systèmes complexes de quille pivotante et de mâtage/démâtage nécessitant un entretien préventif régulier.








