Programme et philosophie du modèle
Le Freedom 28 a été conçu comme un petit croiseur de qualité et accessible pour les couples ou les navigateurs en solitaire exigeant une utilisation simple, sûre et sans stress. En éliminant le gréement dormant, Gary Mull a libéré le pont des haubans, des cadènes et des rails d'écoutes, créant ainsi un plan de pont épuré où les mouvements de l'équipage ne sont jamais entravés. (2)
Sous le pont, le bateau maximise son volume pour offrir des aménagements dignes d'une unité bien plus grande, grâce à un maître-bau généreux de plus de dix pieds. L'intérieur se distingue par des menuiseries en teck ajustées à la main, évitant l'aspect stérile du tout-contremoulé en fibre de verre, courant sur les croiseurs d'entrée de gamme de l'époque. L'aménagement comprend une cabine avant en V indépendante, une cuisine fonctionnelle, un cabinet de toilette avec WC marin et un coin navigation dédié — des caractéristiques qui élèvent ce voilier bien au-delà du simple statut de petit croiseur côtier et font des croisières de plusieurs semaines une réalité confortable.
Performances sous voile et comportement
La dynamique sous voile du Freedom 28 est définie par son gréement de sloop fractionné à mât autoporteur. En navigation, le bateau bénéficie d'un comportement particulièrement raide à la toile, soutenu par un ratio lest/déplacement généreux de 39,87 %. Ce ratio élevé permet au voilier de bien supporter la brise et de porter sa toile plus longtemps que les croiseurs comparables avant de devoir prendre un ris. (1)
Avec un ratio surface de voile/déplacement de 15,41, le bateau peut sembler légèrement sous-motorisé dans le petit temps, en particulier lors des étapes de remontée au vent. Cependant, cela est largement compensé par la simplicité de son plan de voilure. La grand-voile à l'importante surface, entièrement lattée, est complétée par un foc autovireur à fort creux installé sur une bôme de type Hoyt. Virer de bord est aussi simple que de tourner la barre à roue ou la barre franche ; il n'y a pas de winches primaires à border ni d'écoutes de génois à l'important recouvrement à souquer.
Lorsque les rafales surviennent, le mât autoporteur en fibre de carbone agit comme une soupape de sécurité automatique. Comme le profil composite est conçu pour fléchir en tête, il évacue automatiquement le trop-plein de vent et réduit la gîte, offrant un comportement très tolérant. Avec un ratio déplacement/longueur (D/L) de 223,95 et un ratio de confort de 18,05, la carène se comporte de manière prévisible dans le clapot, bien que son ratio de risque de chavirage de 2,21 confirme que sa conception privilégie la stabilité et l'espace d'un croiseur côtier plutôt que les exigences d'un voilier de voyage hauturier. Au portant, l'absence de haubans permet d'ouvrir la grand-voile presque à quatre-vingt-dix degrés, facilitant une navigation en ciseaux exceptionnellement stable et sans ragage sur le gréement. (4)
Points faibles connus et diagnostic
Bien que la construction en composite de TPI ait été très avancée pour l'époque, le Freedom 28 présente des faiblesses spécifiques liées à l'âge que les acheteurs potentiels doivent inspecter avec soin.
- Dégradation de l'âme en balsa : Le pont comme la coque utilisent une âme en balsa de bout de fil pour gagner en poids et en rigidité. Bien que le procédé d'infusion sous vide de TPI ait été excellent, des décennies d'installations d'accastillage après-vente — comme des bloqueurs ajoutés, des panneaux solaires ou des instruments de remplacement — souffrent souvent d'un manque d'étanchéité. Les infiltrations d'eau dans l'âme autour des pieds de chandeliers, de la baille à mouillage et des boîtes à réas de rouf sont courantes. Toute zone molle doit être cartographiée à l'aide d'un marteau à percussion et d'un testeur d'humidité.
- Inspection du mât en carbone : Bien que le mât autoporteur en carbone soit exceptionnellement durable et exempt de la fatigue métallique traditionnelle, le vernis de protection UV ou la peinture se dégrade avec le temps. S'ils sont laissés à nu, les rayons UV peuvent affaiblir la matrice époxy du composite. De plus, les partenaires au niveau de l'étambrai et l'emplanture de mât en fond de cale (où le profil rencontre la structure de la quille) doivent être vérifiés pour s'assurer de l'absence de jeu structurel ou de fissures dans les omégas de renfort en fibre de verre.
- Anomalies de plomberie : Les premières séries de production présentaient parfois des passes-coques en plastique sur les évacuations peu sollicitées (comme les vidanges d'éviers), installés sans contre-plaques ni vannes en bronze adaptées. Ces installations doivent être immédiatement sécurisées et remplacées par des vannes de passe-coque modernes en composite ou en bronze.
- Accès pour l'entretien du moteur : Le moteur diesel Yanmar standard offre une fiabilité satisfaisante, mais l'étroitesse du compartiment moteur rend difficiles les tâches de routine, telles que le remplacement du rouet de pompe à eau brute ou l'entretien du coude d'échappement. (3, 5)
Modernisations et améliorations
Les propriétaires de Freedom 28 ont constaté que des modernisations ciblées améliorent considérablement l'ergonomie générale et les performances du bateau.
- Rails de mât à faible friction : La grand-voile entièrement lattée étant assez lourde, sa drisse peut exiger un effort important. L'installation d'un système de rail de mât extérieur à faible friction (tel que le Tides Marine Strong Track) permet à la voile de s'affaler instantanément sous son propre poids et facilite grandement la manœuvre de hissage à la main depuis le cockpit.
- Gréement courant et bloqueurs : Remplacer les drisses d'origine mixtes câble/cordage par des cordages modernes à haut module (comme le Dyneema) réduit considérablement le poids dans les hauts et la compression du mât. Le remplacement des boîtes à réas fatiguées et l'installation de bloqueurs modernes sur le rouf permettent de conserver un excellent contrôle en équipage réduit.
- Refit électrique : De nombreux bateaux naviguent encore avec leur système de charge d'origine non régulé. Le passage à un parc de batteries de servitude au lithium fer phosphate (LiFePO4) associé à des chargeurs DC-DC intelligents est très pertinent, grâce à l'espace généreux disponible sous les banquettes du carré et au gain de poids appréciable sur une carène à déplacement modéré.
Le verdict
Le Freedom 28 est un croiseur côtier exceptionnellement bien conçu qui offre un compromis élégant entre simplicité de manœuvre et aménagements traditionnels. Pour les navigateurs en solitaire, les débutants ou les couples en croisière qui souhaitent réduire les efforts physiques à bord, ce plan de Gary Mull à mât autoporteur reste un classique durable et hautement pratique.
Les points forts :
- Manœuvres en solitaire sans effort grâce au foc autovireur et au gréement autoporteur.
- Espace exceptionnel dans le cockpit et sur le pont, sans haubans ni cadènes pour gêner les déplacements.
- Carène très raide et stable qui encaisse les rafales de vent soutenues avec douceur.
- Construction de qualité par TPI et menuiseries intérieures en teck ajustées à la main. (2)
Les points faibles :
- Légèrement sous-motorisé en voilure dans le petit temps et moins performant pour serrer le vent de très près.
- La coque et le pont en sandwich balsa sont très sensibles aux infiltrations d'eau si l'étanchéité de l'accastillage est négligée.
- Accès et entretien du moteur difficiles dans un compartiment machine très compact. (4)









