Conception et programme
L'objectif principal de Willi Dehler avec le Delanta 80 était de conquérir le marché de la croisière transportable en intégrant les fonctionnalités d'un voilier de 30 pieds dans une coque de 8 mètres. Le programme visait les jeunes familles, les navigateurs sur lacs intérieurs et les adeptes de la croisière côtière côtière le week-end, qui recherchaient la facilité de transport sans sacrifier le confort. E.G. van de Stadt y a répondu par une forme de coque présentant des œuvres mortes relativement basses, un rouf modeste et un tableau arrière large. Cette configuration permettait au bateau de se positionner avantageusement face à des concurrents plus lourds et plus lents du milieu des années 1970, tels que le Westerly Pageant ou les premiers plans Moody, en privilégiant la vitesse et une barre réactive. (1, 2)
Là où le Delanta 80 se démarquait véritablement de ses rivaux contemporains, c'était dans l'approche industrielle de Dehler pour la construction intérieure. Au lieu de s'appuyer uniquement sur des cloisons en bois artisanales, Dehler a utilisé un contre-moule intérieur modulaire en fibre de verre. Cette conception de coque à double peau offrait une immense rigidité structurelle, formant une grille rigide et étanche qui intégrait les couchettes, la cuisine et les coffres de rangement. Malgré l'utilisation intensive de PRV moulé sous le pont, le chantier a conservé une ambiance de cabine chaleureuse et accueillante en y intégrant des placages de bois de haute qualité, des moulures en acajou et des solutions de rangement pratiques. La hauteur sous barrots, bien que limitée à environ un mètre soixante-quinze, semble plus importante grâce aux vaigrages clairs et à un généreux capot de descente orienté vers l'avant. (1, 2)
Variantes et configurations
Le Delanta 80 était proposé en deux configurations principales de pont et d'intérieur qui modifiaient considérablement son caractère et son profil de navigation. La version standard offrait un aménagement traditionnel avec un carré central et un cockpit continu s'étendant jusqu'au tableau arrière, offrant un grand espace ouvert pour la convivialité. Cependant, la variante la plus célèbre était le Delanta 80 AK (Achterkabine, ou version à cabine arrière). Sur un bateau de seulement 26 pieds, l'ajout d'une cabine arrière complètement indépendante tenait du miracle architectural. Accessible par son propre capot de descente derrière le cockpit, la cabine arrière abritait deux couchettes individuelles, offrant une intimité inégalée pour les parents ou les invités.
Le gréement du bateau est un sloop en tête standard. Les options de quille étaient principalement standardisées autour d'une quille à aileron grand tirant d'eau (GTE) de quatre pieds et un pouce (1,25 m), fabriquée en fonte. Elle était associée à un safran suspendu compensé. Pour gérer l'aménagement du cockpit, Dehler proposait un choix de systèmes de barre très inhabituel pour un bateau de 8 mètres : une barre franche traditionnelle, ou une colonne de barre centrale équipée d'un système de barre à roue hydraulique. L'option hydraulique permettait au barreur de contrôler le safran sans que des drosses n'encombrent l'espace du cockpit, bien qu'elle isolât une partie du ressenti naturel à la barre.
Performances sous voiles et comportement
Sous voiles, le Delanta 80 se comporte comme un voilier beaucoup plus grand, en grande partie grâce à son profil de lest ambitieux et à sa surface de voilure généreuse. Bénéficiant d'un ratio lest/déplacement de 40,01 %, le bateau transporte 1 323 livres (600 kg) de fonte sur sa structure de 3 307 livres (1 500 kg). Ce ratio de lest élevé se traduit directement par une plateforme rigide et stable qui résiste à la gîte dans la brise modérée et porte sa toile bien plus longtemps que les croiseurs transportables légers typiques de l'époque.
Le bateau est remarquablement rapide dans le petit temps, soutenu par un ratio surface de voile/déplacement de 23,28. Ce plan de voilure puissant garantit que le voilier accélère facilement en sortie de virement de bord et maintient une excellente vitesse au près. Cependant, cette haute performance s'accompagne d'une mise en garde : le bateau doit être arisé tôt dès que le vent dépasse les quinze nœuds pour éviter une barre ardente excessive et maintenir un angle de gîte confortable.
Avec un ratio de risque de chavirage de 2,19, le Delanta 80 présente un maître-bau relativement large de huit pieds et un pouce (2,46 m) par rapport à son déplacement. Bien que cette géométrie offre une excellente stabilité initiale et un volume intérieur généreux, elle classe fermement le bateau dans la catégorie des croiseurs côtiers et de lac. Il lui manque le moment de redressement ultime et les caractéristiques de déplacement lourd par rapport à la longueur nécessaires pour envisager de véritables traversées hauturières.
Problèmes connus et points à surveiller
Pour les acheteurs potentiels, la préoccupation technique la plus importante concerne les motorisations d'origine. De nombreux modèles de Delanta 80 étaient équipés d'usine de moteurs in-bord essence monocylindres à deux temps, tels que le Vire 7 ou le Vire 12, tandis que d'autres portaient des moteurs diesel monocylindres Farymann. Les moteurs à essence Vire sont désormais obsolètes, les pièces sont difficiles à trouver, et ils présentent des risques de sécurité en raison de la vaporisation du carburant dans les petits fonds. La surchauffe est un symptôme courant sur ces moteurs, généralement causée par des chemises de refroidissement à eau brute obstruées par le tartre, la rouille et les dépôts de sel après des décennies de service marin. (3)
Un autre point d'usure important concerne le safran suspendu et l'appareil à gouverner. La mèche de safran est sujette au développement d'un jeu latéral important dans son tube de jaumière en raison de bagues en Delrin usées. Si la barre vibre au moteur ou semble lourde à pleine vitesse, le safran doit être déposé pour tourner de nouvelles bagues sur mesure sur un tour. De plus, sur les modèles équipés de la colonne de barre à roue hydraulique, les propriétaires rencontrent souvent des fuites de fluide, des joints détériorés ou des bulles d'air dans les conduites hydrauliques, ce qui donne une sensation spongieuse et un manque de réactivité à la barre. (1)
Enfin, les anciennes structures en PRV de cette époque nécessitent une inspection minutieuse pour détecter toute dégradation esthétique et structurelle. Bien que la qualité de construction de Dehler ait été généralement supérieure, les fenêtres latérales en acrylique vissées sont réputées pour le dessèchement de leur mastic d'étanchéité, entraînant des fuites chroniques dans la cabine qui endommagent les boiseries intérieures. L'âme du pont doit également être soigneusement vérifiée autour des cadènes et de l'emplanture de mât pour détecter toute infiltration d'humidité et les zones de délamination qui en découlent.
Modernisation et améliorations
En raison de l'âge des systèmes de propulsion d'origine, le remplacement du moteur est l'amélioration la plus courante et la plus précieuse que les propriétaires de Delanta 80 effectuent. Remplacer un moteur à essence Vire capricieux ou un Farymann grippé par un diesel fiable refroidi par eau brute comme le Yanmar 1GM10 est un moyen très efficace de naviguer l'esprit tranquille. Compte tenu du programme de navigation côtière et lacustre du bateau, un nombre croissant de propriétaires ont choisi d'abandonner complètement la combustion interne au profit d'une remotorisation électrique. Convertir le bateau avec un moteur électrique sur ligne d'arbre de 5 kW à 10 kW alimenté par un parc de batteries LiFePO4 moderne s'adapte parfaitement à l'espace disponible sur le Delanta, éliminant le poids, les odeurs et l'entretien des anciens moteurs in-bord. (4, 5)
La modernisation de l'accastillage de pont est également une voie populaire pour un refit. Les Delanta 80 d'origine manquaient souvent de systèmes complets de retour des manœuvres, avec des winches de drisse mal positionnés sur le rouf, situés directement devant les bloqueurs. Adapter un plan de pont moderne — comprenant le renvoi de toutes les drisses et bosses de ris au cockpit, l'ajout d'un halebas de bôme robuste et l'installation de winches self-tailing pour les écoutes de génois — facilite considérablement la navigation en équipage réduit ou en solitaire.
Le Verdict
Le Dehler Delanta 80 reste un exemple classique de l'ingénierie marine allemande astucieuse. Pour les navigateurs à la recherche d'un petit croiseur abordable, réactif et remarquablement spacieux pour les lacs, les rivières ou les baies côtières, il offre une valeur inégalée. Bien que ses moteurs vintage et ses systèmes de barre vieillissants nécessitent une attention particulière, sa coque rigide en fibre de verre et ses performances dynamiques sous voiles lui garantissent de continuer à survivre à bon nombre de ses rivaux contemporains. (1)
Points forts
- Volume intérieur et intimité remarquables, en particulier dans la version innovante à cabine arrière.
- Excellentes performances dans le petit temps et grande stabilité initiale grâce à un plan de voilure généreux et un ratio de lest élevé.
- Construction de coque rigide et robuste utilisant un contre-moule intérieur en fibre de verre double peau.
- Facilement transportable et bien adapté aux ports peu profonds grâce à son tirant d'eau modeste. (1)
Points faibles
- Les moteurs in-bord essence Vire d'origine sont obsolètes, sujets à la surchauffe et présentent des risques de sécurité.
- Les bagues de safran suspendu et les systèmes de barre à roue hydraulique sont sujets à une usure et un jeu excessifs avec le temps.
- Hauteur sous barrots limitée pour les navigateurs de grande taille.
- Sujet aux fuites au niveau des cadres de fenêtres, ce qui peut faire pourrir les boiseries intérieures. (1, 3)








