Cette avancée technique est arrivée juste avant une période de turbulences pour le constructeur. Wrighton Yachts est entré en liquidation en 2014. Reconnaissant le génie de la conception, un trio de propriétaires passionnés a racheté les moules et a ressuscité la marque sous le nom de Wrighton Bi-Loup SAS en 2015. En partenariat avec le célèbre chantier Shoreteam Yard à Caen et l'architecte naval Vincent Lebailly, ils ont rebaptisé le modèle Bi-Loup 78 pour correspondre à sa longueur de coque de 7,8 mètres. Bien qu'un nombre limité d'unités ait été construit avant que la production ne cesse définitivement vers 2018, le Bi-Loup 265/78 reste un modèle marquant qui a redéfini ce qu'un croiseur familial transportable et échouable pouvait accomplir sur l'eau. (1)
Design Brief & Intent
Le Bi-Loup 265 a été conçu spécifiquement pour la croisière côtière familiale dans des zones caractérisées par de grands marnages, comme la côte atlantique française, la Bretagne et les eaux du sud du Royaume-Uni. Alors que les constructeurs concurrents de l'époque — tels que Jeanneau avec le Sun Fast 26, ou Beneteau avec leurs modèles First à quille relevable — s'appuyaient sur des appendices mécaniques complexes pour obtenir de faibles tirants d'eau, Wrighton est resté fidèle à la configuration biquille. Le 265 permet aux propriétaires de rechercher des mouillages isolés et peu profonds et de s'échouer directement sur le sable ou la vase à marée descendante, restant parfaitement droit sur ses deux quilles sans avoir besoin de béquilles d'échouage ou de ber. (1, 3)
Pour élargir son public, le chantier s'est fortement concentré sur la lumière et le volume. Le rouf présente un vitrage panoramique à 360 degrés caractéristique qui inonde l'intérieur de lumière naturelle, créant la sensation d'espace visuel d'un yacht à carré de pont beaucoup plus grand. De manière impressionnante, la cabine offre une hauteur sous barrots de 1,84 mètre dans tout le carré et la cuisine — une réussite exceptionnelle pour une coque de moins de 26 pieds. L'aménagement intérieur peut accueillir jusqu'à six personnes grâce à deux cabines indépendantes et un carré central. Les menuiseries sont très pratiques, privilégiant des finitions durables et résistantes à l'eau plutôt que de lourdes moulures en bois massif afin de maintenir un déplacement global faible. (2)
Variations & Configurations
Tout au long de sa production sous la direction de Wrighton puis du partenariat ultérieur avec Shoreteam, le Bi-Loup 265 a connu quelques variations structurelles et mécaniques clés. L'aspect déterminant de la coque est sa configuration biquille. Plutôt que d'utiliser des ailerons en fonte traditionnels boulonnés, le 265 a été construit avec ses deux quilles à profil asymétrique moulées directement dans la structure de la coque. Elles sont associées à deux safrans dotés d'ailettes à leur extrémité, conçus pour servir de pieds d'appui arrière stables lorsque le bateau s'échoue. (1, 4)
Le système de propulsion était proposé en deux configurations distinctes. L'option de croisière standard et très recherchée est un moteur diesel inboard Yanmar de 14 ch associé à un Saildrive. Cette configuration place l'hélice directement dans l'alignement du centre de carène du bateau, améliorant l'efficacité de la poussée et la manœuvrabilité au moteur tout en minimisant les vibrations structurelles. Pour les acheteurs au budget plus serré, Wrighton proposait également une configuration avec moteur hors-bord monté sur une solide chaise de tableau arrière. (2)
Le gréement standard se compose d'un mât fractionné en aluminium. Cependant, sous l'ère de Wrighton Bi-Loup SAS (2015-2018), le constructeur a introduit une option haut de gamme de mât en carbone. Ce gréement en carbone permettait de gagner un poids significatif dans les hauts, apportant une grande raideur à la toile et améliorant encore le moment de redressement du voilier. De plus, le 265 a été le premier modèle de l'histoire de Wrighton à intégrer un bout-dehors structurel, permettant aux propriétaires de porter un gennaker ou un spi asymétrique aux allures portantes. (2)
Le bateau était également construit en versions standard ou certifiées « insubmissibles ». La version insubmersible intègre des compartiments étanches dédiés, remplis de mousse de flottabilité en polyuréthane à cellules fermées. Cette conception offrait une réserve de flottabilité suffisante pour maintenir le navire à flot même complètement submergé, éliminant ainsi l'obligation réglementaire de transporter un lourd radeau de survie pour les traversées hauturières sous certaines législations maritimes européennes. (2)
Sailing Performance & Handling
Historiquement, les voiliers biquilles traînaient une réputation de bateaux lourds et peu performants, en particulier pour remonter au vent. Le Bi-Loup 265 a brisé ce stéréotype. Avec un déplacement de seulement 1 800 kg (3 968 lbs), la coque est exceptionnellement légère pour un biquille. La conception compense le tirant d'eau réduit de ses deux quilles en utilisant une forme de coque moderne avec un ratio déplacement/longueur (D/L) de 107,84, ce qui indique une coque véloce et semi-planante qui réagit rapidement aux risées.
Le ratio surface de voile/déplacement (SA/D) du bateau atteint une valeur dynamique de 26,11, principalement grâce à un gréement fractionné repensé qui a ajouté 12 mètres carrés de surface de voile supplémentaire par rapport à l'ancien Bi-Loup 26. Équipé d'une grand-voile à tête carrée et d'un génois à fort allongement, le 265 possède la puissance nécessaire pour glisser dans les petits airs thermiques d'été là où les anciens biquilles se seraient arrêtés. Aux allures portantes, l'utilisation du bout-dehors pour envoyer un spi asymétrique permet au bateau d'atteindre facilement sa vitesse de coque théorique de 6,6 nœuds et de glisser sur les vagues avec stabilité. (2)
À la barre, le 265 se montre remarquablement raide à la toile et sécurisant. Son ratio lest/déplacement de 33,34 % offre un couple de redressement solide. Bien que son ratio de risque de chavirage de 2,12 suggère qu'il est optimisé pour les eaux côtières plutôt que pour les tempêtes extrêmes de haute mer, il affronte le clapot côtier avec confiance. Avec un ratio de confort de 14,2, le 265 se comporte comme un dériveur de sport léger. Ses mouvements sur les vagues seront vifs et actifs, plutôt que de fendre la mer comme un lourd cotre, mais son maître-bau large et stable maintient le bateau à plat et garantit que les doubles safrans conservent une excellente accroche, même lorsque le bateau gîte de manière prononcée. (1, 3)
Known Issues & Triage
Bien que le Bi-Loup 265 soit un croiseur de poche de conception robuste, il existe plusieurs points techniques spécifiques à ce modèle que les acheteurs et propriétaires doivent inspecter.
- Fissures de fatigue à la jonction coque-quille : Les deux quilles étant moulées directement dans la structure de la coque, le bateau ne possède pas de boulons de quille traditionnels. Bien que cela élimine le risque de corrosion des boulons, des échouements répétés ou violents sur des fonds rocheux peuvent transférer des forces de cisaillement importantes dans le stratifié de la coque. Lors de la sortie d'eau, les zones de jonction entre la coque et les quilles doivent être inspectées de près pour détecter d'éventuels faïençages du gelcoat, des fissures de fatigue ou des signes de délamination interne de la fibre de verre.
- Dégradation des joints des vitrages panoramiques : Le superbe vitrage panoramique à 360 degrés du rouf repose sur de grands panneaux de plexiglas collés directement sur la superstructure en fibre de verre. Avec le temps, l'exposition aux UV et les torsions naturelles d'une coque légère dans la mer peuvent dégrader le mastic d'étanchéité, entraînant des fuites dans la cabine. Le traitement consiste à retirer complètement les panneaux, à poncer les surfaces de contact et à les recoller à l'aide de mastics colles polyuréthanes structurels marins de haute qualité.
- Infiltration d'eau dans la mousse de flottabilité : Sur les modèles « insubmersibles », la mousse de polyuréthane à cellules fermées est scellée à l'intérieur de la double coque. Si l'accastillage de pont fuit ou si des dommages mineurs sur la coque passent inaperçus, l'eau peut migrer lentement dans ces compartiments étanches. Au fil des ans, la mousse peut absorber l'humidité, alourdissant le bateau, dégradant ses performances sous voile et créant des zones de faiblesse structurelle. Une inspection de la coque interne à l'aide d'un testeur d'humidité est indispensable avant l'achat. (2, 4, 5, 6, 7, 8, 9)
Modernization & Upgrades
Les propriétaires de Bi-Loup 265 et 78 ont mis en œuvre avec succès plusieurs améliorations clés pour adapter la plateforme aux standards de la croisière moderne :
- Conversion aux batteries Lithium (LiFePO4) : La gestion du poids étant cruciale sur un voilier léger affichant un ratio déplacement/longueur de 107,84, le remplacement des lourdes batteries de servitude au plomb par des batteries compactes au lithium fer phosphate est fortement recommandé. Ce changement permet de gagner un poids considérable dans les fonds tout en fournissant l'énergie nécessaire pour faire fonctionner un réfrigérateur 12V efficace et une instrumentation moderne lors des longues périodes d'échouage en autonomie.
- Installation d'une hélice à pales orientables : Les hélices fixes standard bipales ou tripales utilisées sur les modèles à Saildrive génèrent une traînée importante. L'installation d'une hélice à pales orientables ou repliables (comme une Max-Prop ou une Radice) améliore considérablement l'écoulement de l'eau sous la poupe. Cela réduit la traînée sous voile, permettant aux propriétaires de tirer le meilleur parti du ratio surface de voile/déplacement performant de 26,11 dans les airs légers.
- Amélioration du gréement courant et des poulies : La grand-voile à tête carrée impose des charges élevées sur l'écoute de grand-voile et les drisses. Le passage à des drisses en Dyneema à faible étirement et à des poulies à billes haute performance facilite grandement l'envoi et le réglage de la grand-voile pour les équipages familiaux réduits. (2, 3)
The Verdict
Le Bi-Loup 265 est une déclinaison moderne et exceptionnellement intelligente du biquille côtier traditionnel. Il réussit à intégrer une vraie hauteur sous barrots permettant de se tenir debout, des aménagements confortables pour la famille et la sécurité d'une véritable insubmissibilité dans un gabarit transportable de moins de 26 pieds, tout en offrant des performances sous voile capables de faire rougir les anciens biquilles plus lourds. Bien que sa rareté sur le marché de l'occasion rende sa recherche difficile, il reste un choix de premier ordre pour les marins naviguant dans les zones à marées qui refusent de sacrifier le plaisir d'une barre réactive pour l'aspect pratique de l'échouage.
Pros
- Les quilles moulées permettent au voilier de s'échouer parfaitement droit sur les estrans sans béquilles.
- Performances remarquables dans le petit temps et aux allures portantes par rapport aux biquilles traditionnels.
- Volume intérieur exceptionnel et 1,84 mètre de hauteur sous barrots dans un bateau de 25,6 pieds.
- La certification d'insubmissibilité offre une excellente sécurité et dispense de l'emport d'un radeau de survie hauturier.
- Cabine lumineuse et aérée offrant une vue panoramique à 360 degrés sur le mouillage. (1, 2, 3)
Cons
- Très rare sur le marché de l'occasion en raison d'une production limitée et d'une forte fidélité des propriétaires.
- Le comportement dans le clapot peut être vif et rapide, ce qui peut fatiguer l'équipage lors des longues traversées agitées.
- Les grands vitrages panoramiques sont sujets aux dégradations dues aux UV et nécessitent un recollage périodique pour éviter les fuites.
- La mousse de flottabilité des modèles insubmersibles peut se gorger d'eau si les fuites de pont ou de coque ne sont pas traitées. (7, 8, 9)






