Un carré et une cuisine de voilier bien rangés au mouillage dans la douce lumière du soir

Vie à bord : considérations pratiques pour l'achat

Le voilier qui fait forte impression lors d'une visite peut s'avérer épuisant après trois week-ends si l'ergonomie quotidienne n'est pas bonne. L'habitabilité ne concerne pas uniquement ceux qui vivent à bord à l'année. Elle détermine si vous inviterez des amis, cuisinerez à bord, dormirez bien, prendrez des ris en toute confiance, garderez le bateau organisé et repartirez naviguer le week-end suivant.

Ergonomie du cockpit et du pont

Le cockpit est l'endroit où vous naviguez, manœuvrez au port, mangez, partagez des moments conviviaux et récupérez des erreurs de navigation. Un bon cockpit doit être adapté au programme du voilier.

Pour les sorties à la journée, le confort du cockpit et la visibilité sont primordiaux. Pour la croisière côtière, l'évacuation de l'eau, les points d'appui, l'emplacement des winches et l'accès à la descente deviennent plus importants. Pour la navigation hauturière, un immense cockpit ouvert peut être un handicap s'il retient trop d'eau ou offre trop peu de points d'appui pour l'équipage.

Évaluez les points suivants :

  • Le barreur peut-il voir vers l'avant, sous le vent, les penons de foc, la grand-voile et les bateaux environnants ?
  • Une seule personne peut-elle atteindre l'écoute de grand-voile, le chariot de bôme, les commandes du moteur et les winches principaux ?
  • Y a-t-il des mains courantes sûres pour passer du cockpit au pont ?
  • Les passavants sont-ils assez larges et dégagés pour votre équipage ?
  • La descente est-elle protégée des paquets d'eau et des embruns ?
  • Pouvez-vous prendre un ris sans manœuvre de pont dangereuse ?
  • Les coffres de cockpit sont-ils sécurisés et auto-videurs ?

À quai, installez-vous à la barre et simulez un virement de bord, une prise de ris, un démarrage du moteur, la saisie d'une amarre et la vérification du traceur de cartes ou du compas. Une gêne par temps calme se transformera en stress dans la brise.

La cuisine : cuisiner en route, pas seulement au port

Une jolie cuisine est moins utile qu'une cuisine sûre. Les meilleures cuisines de croisière permettent à une personne fatiguée de préparer à manger pendant que le bateau est en mouvement.

Recherchez :

  • Un endroit pour caler les hanches et les genoux
  • Une cuisinière sur cardan avec des serre-casseroles
  • Un évier profond, proche de l'axe longitudinal si possible
  • Des tiroirs verrouillables et des loquets de placards efficaces
  • Une ventilation à proximité des appareils au propane
  • Un accès au réfrigérateur qui ne vide pas tout l'air froid à chaque ouverture
  • Des rangements judicieux pour les objets lourds, placés bas et près du centre

Les cuisines en long peuvent bien fonctionner au mouillage, mais s'avèrent plus difficiles à utiliser en route, à moins de disposer de solides points d'appui. Les cuisines en U ou en L sont souvent plus sûres dans la mer formée car le cuisinier peut s'y caler facilement.

Le système de gaz (propane/butane) mérite une attention particulière. Ces gaz sont plus lourds que l'air et peuvent s'accumuler dans la cale. Une installation sûre nécessite une baille à gaz indépendante ventilée vers l'extérieur, une électrovanne de coupure, des tuyaux en bon état et des habitudes prudentes.

Couchettes : le sommeil est un élément de sécurité

Toutes les couchettes ne se valent pas. Une superbe cabine avant en V peut être confortable au mouillage et invivable en route. Les grandes cabines arrière peuvent être excellentes au port mais bruyantes à cause des bruits du cockpit. Les couchettes de salon équipées de toiles de roulis font souvent les meilleures couchettes de mer.

Posez-vous ces questions :

  • Un adulte peut-il s'y allonger de tout son long ?
  • Y a-t-il une ventilation possible sans que la pluie n'entre ?
  • Peut-on y dormir lorsque le voilier gîte ?
  • Y a-t-il une toile de roulis ou un moyen de rester calé ?
  • La couchette est-elle sèche, ou y a-t-il des taches sous les coussins ?
  • L'intimité est-elle importante pour votre équipage ?

Les grands marins devraient se munir d'un mètre ruban. La hauteur sous barrots annoncée est souvent la hauteur maximale à un endroit précis, et non celle ressentie en se déplaçant dans la cabine. Vérifiez la hauteur sous barrots au niveau de la cuisine, de la salle d'eau, de la descente et là où vous vous habillez.

Rangement et charge utile

Le matériel de croisière est lourd : eau, carburant, outils, pièces de rechange, nourriture, ancres, chaîne, annexe, moteur hors-bord, batteries et effets personnels. Un voilier qui marche magnifiquement bien lège peut devenir lent et tendre à la toile lorsqu'il est surchargé.

Recherchez des rangements profonds et exploitables qui maintiennent le poids bas et centré. Méfiez-vous des bateaux dont tous les coffres sont déjà pleins lors de la visite ; il n'y aura plus de place pour vos affaires. Les voiliers conçus pour le grand large sacrifient généralement un peu de volume intérieur ouvert au profit des rangements et des réservoirs. Les bateaux de croisière côtière privilégient souvent des cabines ouvertes, ce qui est agréable jusqu'à ce que l'on essaie d'embarquer des provisions pour deux semaines.

La charge utile influe sur les performances et la sécurité. Si le voilier a un faible ratio D/L et peu de rangements, il supportera mal d'être chargé comme un bateau de voyage.

Systèmes : la complexité a un coût d'entretien

Chaque équipement apporte du confort mais aussi de la maintenance. Réfrigérateur, eau sous pression, dessalinisateur, chauffage diesel, climatisation, groupe électrogène, convertisseur, batteries lithium, propulseur d'étrave, winches électriques et électronique en réseau peuvent être d'excellents atouts. Ils augmentent également le temps de dépannage et les coûts de réparation.

Pour un premier bateau, un modèle simple et fonctionnel est généralement préférable à un voilier suréquipé mais peu fiable. Un 30 pieds propre avec un moteur sain, des WC manuels, de bonnes batteries et des ponts secs vous en apprendra probablement plus et vous coûtera moins cher qu'un 40 pieds bradé aux équipements de luxe en panne.

Faites l'inventaire des systèmes avant l'achat :

  • Moteur et carburant
  • Batteries et chargeurs
  • Alimentation à quai (AC)
  • Tableau électrique (DC) et câblage
  • Pompes de cale
  • WC et réservoir d'eaux noires
  • Circuit d'eau douce
  • Cuisinière à gaz ou à alcool
  • Réfrigérateur
  • Électronique et pilote automatique
  • Chauffage, climatisation et ventilation

Demandez-vous ensuite quels systèmes vous pouvez entretenir vous-même, lesquels nécessitent des professionnels locaux, et lesquels bloqueraient le bateau à quai en cas de panne.

Le rythme de l'entretien

Être propriétaire est une question de calendrier. Si vous ne budgétisez que l'argent et pas le temps, le bateau se chargera de vous le rappeler.

Rythme annuel classique :

  • Remise en route au printemps : batteries, fluides moteur, rouet de pompe (impeller), courroies, tuyaux, matériel de sécurité, inspection du gréement
  • Saison de mise à l'eau : antifouling, anodes, vannes de passe-coque, hélice, arbre, safran, vérifications de la quille
  • Saison de navigation : lavages, recherche de fuites, vérification de la cale, réparations de voiles, usure du gréement courant, entretien moteur
  • Sortie d'eau d'automne : hivernage, traitement du carburant, circuits d'eau douce, WC, moteur, bâche de protection, contrôle de l'humidité
  • Hors-saison : améliorations, sellerie et tauds, vernis, électronique, gréement, coussins, papiers du bateau

N'achetez pas un voilier dont le rythme d'entretien vous pèse. Certains marins adorent les vernis et l'accastillage traditionnel. D'autres veulent du plastique, de l'inox et un minimum de bois précieux. Aucun choix n'est moralement supérieur. Choisissez en toute honnêteté.

Le budget de fonctionnement après l'achat

Les coûts annuels varient selon la région, la taille et vos ambitions, mais les catégories restent les mêmes :

  • Place de port, mouillage ou stockage
  • Assurance
  • Droits de francisation ou immatriculation
  • Sortie d'eau et mise à l'eau
  • Antifouling et anodes
  • Entretien moteur
  • Réparation des voiles et des tauds
  • Inspections du gréement et remplacement à terme
  • Nettoyage, cire et étanchéité de l'accastillage de pont
  • Renouvellement du matériel de sécurité
  • Améliorations et réparations diverses

Pour les voiliers d'occasion plus anciens, une réserve d'entretien annuelle de 10 % du prix d'achat est une base de départ courante, mais elle peut être trompeuse. Un bateau bien acheté à 80 000 $ peut nécessiter moins de 8 000 $ une année ; un bateau négligé payé 12 000 $ peut exiger plus que son prix d'achat. Budgétisez en fonction de l'état, pas d'une formule magique.

Ce qui rend un bateau agréable à posséder

Le plaisir d'être propriétaire ne tient généralement pas à une seule caractéristique spectaculaire. C'est une accumulation de petits détails facilitant la vie :

  • Le moteur est accessible.
  • La cale est facile d'accès.
  • Les WC peuvent être réparés sans démonter les boiseries.
  • La descente est sûre.
  • Le pont ne fuit pas.
  • Les voiles sont faciles à ariser.
  • Le bateau dispose d'un endroit pour les affaires trempées.
  • Vous pouvez le manœuvrer au port avec votre équipage habituel.
  • Les pièces de rechange et les conseils d'autres propriétaires sont faciles à trouver.

Ces détails apparaissent rarement sur les photos des annonces. Ce sont pourtant eux qui définissent la vie de propriétaire.