Peu après sa publication dans le numéro de mars 1932 du magazine Yachting, le plan suscita un immense intérêt national. Brièvement nommé le « Junior Star », l'organisation de la Star Class s'y opposa, ce qui entraîna son changement de nom pour le Comet, arborant son emblématique insigne de voile en forme d'étoile filante. La classe s'organisa rapidement, calquant ses règles de monotypie strictes sur celles de son grand frère et s'implantant dans la région Mid-Atlantic, le Midwest et, par la suite, aux Bermudes. Tout au long de son histoire, le Comet a incarné une approche puriste de la régate en double : un dériveur technique, hautement réglable et planant, qui offre des régates tactiques sans la complexité, le coût ou les exigences physiques d'un spinnaker ou d'un trapèze. (1)
Cahier des charges et programme
Le Comet a été conçu pour être une machine de régate en double hautement compétitive, abordable et facilement transportable sur remorque. Positionné historiquement comme une passerelle entre les lourds voiliers de promenade et les skiffs modernes de haute performance, il s'est taillé une place de choix pour les équipages adeptes d'un jeu d'échecs tactique sur l'eau. Contrairement à des concurrents plus tardifs, comme le Lightning de 19 pieds, plus lourd et dessiné par Sparkman & Stephens, le Comet est exceptionnellement léger, avec un déplacement de coque nue de seulement 260 livres (118 kg). (1, 2, 3, 4)
Son intérieur et son cockpit sont strictement utilitaires. Aucun élément de confort n'est présent ; l'aménagement est entièrement dédié au réglage des voiles, à la répartition des poids et aux commandes de gréement. Les Comet traditionnels en bois étaient construits en bordé de cèdre sur des membrures en chêne, avec des ponts en contreplaqué recouverts de toile. Le passage à la fibre de verre à la fin du XXe siècle a préservé la forme stricte de la coque tout en introduisant des caissons de flottabilité et des configurations à double fond. Les constructions modernes, notamment celles de Whitecap Composites, utilisent des techniques avancées d'infusion de résine sous vide et des âmes en mousse pour produire une coque rigide et durable qui respecte le poids minimum de la classe tout en améliorant considérablement la longévité structurelle et l'ergonomie pour l'équipage. (5)
Variantes et configurations
Bien que les lignes de coque et les dimensions de base du Comet soient restées rigoureusement verrouillées par l'association de classe pour préserver l'équité de la monotypie, le bateau existe en deux grandes époques de construction : le bois classique et la fibre de verre moderne. (1)
- Comet en bois : Construits par des chantiers historiques tels que Skaneateles Boat & Canoe Co., Siddons & Sindle, et Lippincott Boat Works, ces modèles classiques présentent un bordé en cèdre ou en acajou. Entre les mains d'un propriétaire passionné, un Comet en bois bien entretenu reste très compétitif face aux constructions modernes, ce qui témoigne de la rigueur des règles de conception d'origine.
- Comet en fibre de verre : Les premières versions en fibre de verre construites par Customflex et d'autres chantiers du milieu du siècle ont introduit une utilisation nécessitant peu d'entretien. L'apogée de l'ère de la fibre de verre est représentée par des constructeurs modernes comme Whitecap Composites, qui ont modernisé le moule de pont pour proposer un cockpit autovideur avec de faux fonds et des caissons latéraux intégrés, empêchant le bateau de se remplir d'eau lors d'un chavirage.
- La variété des gréements : Contrairement à de nombreuses classes monotypes qui imposent l'emplacement de chaque poulie et taquet, la classe Comet laisse une grande liberté dans l'accastillage. Les configurations de bateaux vont du gréement classique simple à trois haubans à des systèmes « go-fast » très complexes comprenant des commandes de cintrage du mât, des étais réglables, des rails de haubans sur chariots et un réglage moderne de la bôme par le halebas (vang sheeting).
- Note sur les distinctions de classe : Il est crucial pour les acheteurs de ne pas confondre le Comet One Design américain (le sloop de 16 pieds présenté ici) avec le dériveur britannique Comet conçu par Andy Simmons en 1981. La variante britannique est un dériveur solitaire de 11 pieds à mât autoporteur (sans haubans) qui n'a aucun rapport avec le classique de 16 pieds américain. (1, 3, 5)
Performances à la voile et comportement
Sur l'eau, le Comet se définit par son remarquable rapport puissance/poids. Avec un déplacement de coque léger de 260 livres et une surface de voilure généreuse de 140 pieds carrés (13 m²), le voilier affiche un ratio surface de voile/déplacement extraordinaire de 54,99. Cet indicateur de haute performance signifie que le bateau se comporte moins comme un voilier de promenade traditionnel que comme un dériveur de course très nerveux. (1, 3, 5, 6)
Les implications physiques de sa conception sont immédiatement perceptibles à la barre. Doté d'une coque plate à fond arqué, de bouchains vifs et d'une section arrière large, le Comet est un voilier planant exceptionnel. Il déjauge facilement dès que le vent atteint 10 à 12 nœuds. Au portant, le bateau est rapide et vivant. Au près, les bouchains vifs offrent un excellent guidage ; lorsqu'il navigue bien à plat, la coque est incroyablement rapide et sa capacité à remonter au vent est excellente, mais gîter au-delà du bouchain augmente rapidement la traînée et durcit la barre. (1, 6, 7)
Le ratio de risque de chavirage de 3,45 et le ratio de confort de 2,71 confirment ce que tout adepte de dériveur sait déjà : il s'agit d'un bateau très tendre à la toile et athlétique, qui dépend entièrement du poids de l'équipage et d'un rappel actif pour sa stabilité. Le gréement repose sur une configuration à trois haubans avec des bastaques pour contrôler la quête du mât et la tension de l'étai. La coordination des bastaques lors d'un virement de bord exige une synchronisation parfaite entre le barreur et l'équipier, ce qui fait de ce bateau un excellent outil d'apprentissage de la cohésion et des manœuvres de précision. (1, 3, 6, 7)
Marché de l'occasion et aspects économiques
Le Comet occupe une place unique sur le marché de l'occasion, se positionnant comme une excellente affaire d'entrée de gamme pour la voile de loisir, tout en affichant des prix soutenus pour les exemplaires modernes prêts pour la régate. Comme plus de 4 100 coques ont été construites en près d'un siècle, on trouve souvent d'anciens projets en fibre de verre ou en bois pour des sommes dérisoires. Ces bateaux à restaurer sont très attractifs pour les menuisiers amateurs et les passionnés de restauration. (3, 8, 9)
À l'inverse, les coques modernes en fibre de verre rigide construites par infusion époxy s'échangent à des prix élevés. Elles sont très recherchées au sein des flottes de régate actives de la région Mid-Atlantic, de l'Ohio et des Bermudes. Les règles de la classe étant rédigées de manière à ce que les coques en bois plus anciennes et bien entretenues puissent rivaliser à armes égales avec les bateaux neufs, la dépréciation d'un Comet en bois restauré ou en fibre de verre bien entretenu est minimale, ce qui en fait une classe économiquement stable pour débuter. (1)
Points à surveiller et diagnostic
Pour ceux qui envisagent l'achat d'un Comet d'occasion, les principaux points structurels à surveiller dépendent fortement du matériau de construction. (3)
- Pourriture des coques en bois : Sur les modèles classiques en bois, le point de défaillance le plus courant est la pourriture due à l'eau douce dans la structure du pont. Beaucoup de ces bateaux utilisaient de la toile tendue sur un sous-pont en contreplaqué. Si la toile est percée ou si le mastic autour des cadènes et des partenaires de mât fuit, l'eau s'infiltre et fait rapidement pourrir les barrots de pont, les serres de tonture et les bordés supérieurs. Les acheteurs doivent inspecter soigneusement les liaisons pont-coque et les zones autour du puits de dérive pour détecter les bois mous.
- Fatigue du gréement et pompage du mât : Les mâts en aluminium de section légère et hautement réglables utilisés sur les Comet de régate sont soumis à des charges massives provenant des bastaques et des systèmes de halebas de bôme. Si l'on navigue dans la brise sans une tension de bastaque suffisante, ou si l'emplanture et les partenaires de mât ne soutiennent pas correctement le collier, le mât peut « pomper » violemment, risquant un démâtage. Inspectez de près le profil à la recherche de fissures de fatigue autour des sorties de drisse et des fixations de haubans.
- Zones molles sur les premiers modèles en fibre de verre : Les Comet en fibre de verre de première génération des années 1960 et 1970 n'ont pas bénéficié des matériaux d'âme modernes. Après des décennies de rappel intensif et de torsions, les fonds de cockpit et les ponts avant de ces bateaux peuvent devenir mous et se délaminer. La réparation d'un fond de cockpit mou nécessite généralement de découper le stratifié endommagé, de remplacer l'âme en bois ou en carton pourrie par de la mousse de qualité marine, et de re-stratifier le plancher. (3, 6)
Modernisation et améliorations
La modernisation d'un Comet classique peut le transformer d'un voilier de promenade désuet en un régatier moderne et compétitif.
- Conversion de l'accastillage : L'amélioration la plus courante sur les anciens Comet consiste à remplacer les drisses mixtes câble-cordage d'origine et l'accastillage lourd en bronze par des cordages synthétiques de haute technologie et des poulies modernes sur roulements à billes. Remplacer les bastaques en câble d'acier lourd par du Dyneema léger permet de réduire le poids dans les hauts, d'améliorer la sécurité et de faciliter grandement les réglages pour l'équipage.
- Technologie de voile moderne : L'association de classe a modernisé ses règles de jauge pour autoriser des grand-voiles modernes en Mylar avec des lattes forcées en tête et des bordures libres, offrant une alternative au Dacron classique. Passer à une grand-voile moderne en Mylar à coupe radiale offre un profil beaucoup plus stable, permettant aux équipages de dépuissancer le gréement plus efficacement dans la brise.
- Ergonomie du cockpit : De nombreux bateaux anciens gagnent à voir leur système d'écoute de grand-voile modernisé. Déplacer l'écoute de grand-voile du tableau arrière vers une poulie à tourelle pivotante et à roulements au centre du cockpit améliore la position du barreur et ses temps de réaction lors des virements et des empannages. L'installation de filoirs de foc réglables permettant un retour d'écoute au rappel (cross-sheeting) permet à l'équipage de garder tout son poids au rappel tout en conservant un contrôle précis sur le réglage du foc. (5, 7, 10)
Le Verdict
Le Comet One Design reste un classique indémodable de la voile légère américaine. C'est un dériveur en double très gratifiant, technique et rapide, qui offre des performances impressionnantes pour sa taille. Bien qu'il exige un engagement physique réel et un toucher de barre précis, il offre l'une des expériences de planning les plus accessibles et abordables parmi les plans classiques. (1)
Points forts
- Performances de planning exceptionnelles, capable de déjauger rapidement dans des brises modérées
- Association de classe active et structurée qui maintient les anciennes coques en bois et les modernes en fibre de verre sur un pied d'égalité en régate
- Ticket d'entrée abordable pour une régate en double technique et tactique
- Facilement transportable sur remorque et mis à l'eau depuis une cale grâce à son déplacement léger de 260 livres
- Ne nécessite pas les exigences physiques ni le coût d'un spinnaker ou d'un trapèze (1, 2, 6, 8)
Points faibles
- Carène très tendre à la toile exigeant un rappel constant et une gestion active du poids de l'équipage pour contrôler la gîte
- Les bastaques ajoutent une complexité de gréement importante, rendant les virements de bord exigeants pour les équipages peu expérimentés
- Les modèles classiques en bois nécessitent un stockage rigoureux et sont sujets à la pourriture du pont
- L'absence de cockpit autovideur moderne sur les modèles anciens rend la récupération après un chavirage difficile sans écope (1, 3, 7)






